29.3.05

La dame de Sasquisili

Posted by Hello


Je vous ai vu ce matin-là,
Au marché de Saquisili,
On vous y voit chaque jeudi,
Vendant de la laine d’alpaca.

Couverte de tant d’épaisseurs
D’un vieux chapeau de feutre vert,
Vous étiez-la juste derrière,
L'endroit où l’on vend des couleurs.

Pourrais-je vous faire cet aveu?
La beauté est l’œuvre du temps.
J’ai pu le voir en remarquant,
Que vos rides conduisent à vos yeux.

Je voudrais tant savoir de vous,
De l’histoire, du sentier qui mènent,
Aux bêtes qui ont produit la laine,
De ma veste achetée quelques sous.

lafamilleenequateur

28.3.05

Les châteaux d'Alandaluz

Après un tour de ce magnifique Equateur avec les grands-parents Poiré à revoir la côte encore sauvage et déserte, les montagnes enveloppées de nuages, ces volcans à peine visibles, les marchés, leurs acteurs toujours aussi colorés ainsi que les amitiés de la Sierra, nous voilà rentrés à la maison de Guayaquil. Un chez nous pendant deux mois. On a eu la chance de trouver un appartement meublé pour un si court délai. Encore plus chanceux, de s'y sentir bien, surtout les enfants! Déjà petits voisins et voisines y entrent dans leur vie et s'y font un petit coin amical (sans trop de barrière de langue).

Premières semaines où tous les jours on se rend à Pascuales, pueblo à 20 min. au nord de Guayaquil, où des religieuses québécoises assez flyées (partir du couvent à 70 ans pour aller s'installer dans un quartier dur et pauvre de l'Equateur!) ont fondé un centre pour femmes et une garderie éducative pour leurs enfants. Yves et moi, travaillons à mettre sur pied avec la collaboration des femmes, un projet de jardins en boîtes de bambou pour les familles du village. Déjà Vilma et Jacqueline se joignent au projet, deux pionnières de jardins dans leur pueblo.

Mathilde et Victor participent aux activités de la garderie, tandis que Marie et Florence font l'école avec les manuels du Québec, en attendant l'entrée scolaire, le 4 avril prochain.

Cela nous fait tout drôle de réapprivoiser l'horaire, la stabilité, le quotidien. Ça déboussole aussi. Nous qui avions la boussole bien active ces derniers mois. On côtoie un certain vide malgré l'horaire. Nos journées ne sont plus remplies d'autant d'images, de paysages, d'odeurs, de gens, enfin de toutes ces richesses qu'apportent les voyages.

On croyait en être rassasié, au contraire ils nous manquent. Notre appétit de découvertes est encore plus gourmand.

C'est une autre richesse que nous aurons la chance de palper ici, encore plus humaine cette fois, le fait d`échanger de plus près, de partager leur culture et de jongler avec leurs mots et leurs accents chantant.

Toutefois dès qu'il est possible on s'évade vers un autre petit coin du pays. Il y a deux semaines, on longeait la côte du Pacifique, là où la mer chaude nous charme et nous surprend à la fois par ses vagues puissantes.

C'est à Alandaluz qu'on a jeté l'ancre. Site écotouristique où se marient une nature luxuriante et un habitat tout de bambou construit, s'harmonisant au calme et à la quiétude. La plage est déserte mis à part ces quelques architectes et maçons qui édifient des projets immobiliers d'envergure. Leur matière première: le sable. Ils font tout à la main. Travail de patience et de persévérance.

Ils nous invitent dans des cités tantôt d'influence Inca, espagnole, francaise ou encore tirées directement des contes de fées. Des châteaux se forment sous leurs petites mains, petites mains naïves et pleines d'espoir. Mais la mer, curieuse, les visite aussitôt et d'une vague moussante les rappelle à eux, sans autre forme de procès!

Qu'il est doux ce temps d'observer l'enfant, ce passionné de la vie, des petites choses et des menus plaisirs. De la fourmi qu'il suit discrètement, à la cigale qu'il contemple . Au sable chaud qu'il embrasse de tout son corps sans pudeur ni censure. À la fleur qu'il hume et aux cailloux qu'il collectionne. Je ne me lasse pas de l'admirer goûter ainsi à la vie, aux moments qui passent sans penser à hier, ni à demain, avec toute sa spontanéité et sa candeur. Il me nourrit, me gâte et me chavire.

N'est-ce pas finalement l'invitation au plus beau des voyages? Un voyage au coeur de l'enfance, fusion de la mienne et de la sienne!

26.3.05

Les photos de février

Fin du voyage au Pérou. Vie d'appartement à Guayaquil et arrivée des grands-parents Poiré pour leur voyage en Équateur. Cliquez sur le titre du post pour voir les photos.

Lafamilleenequateur

24.3.05

Oh la p’tite vie!

23 mars

Comme à la maison, je suis toujours le dernier à me sortir du lit, vers 7 heures environ. Ce matin Victor, lui, était tout habillé dès 6 heures. Les gars de cinq ans ont de ces enthousiasmes… Il faisait gris et encore quelques courants d’air frais dormaient avec moi. Debout paresseux. En sortant de la douche, ils étaient à table. Puis sont arrivées les crêpes (il n’y avait plus de pain). « Maman, elles sont comme au Canada! ». C’est plutôt le sirop d’érable apporté par les grands-parents qui est comme au Canada.

À table, une pensée pour Wilma me croise l’esprit (la femme qui travaille avec nous depuis deux semaines). Elle dirigera le projet après notre départ. Cette femme de notre âge probablement vit à « Bastion Popular », tout près de Pascuales au nord de Guayaquil, juste à côté de la misère sa voisine. Qu’a-t-elle pris au déjeuner? Durant le mien, je lis le grand titre de l’Universo: El feriado politico duro solo 3 horas (le congé férié politique n’aura duré que trois heures); Où est la page qui m’intéresse… Les nouvelles internationales : Un adepte d’Hitler, 17 ans, s’est tué après avoir abattu trop d’enfants dans une école américaine (encore!). La vie du pape est en péril. Ça me revient : 43% des catholiques au monde se trouvent en Amérique du Sud (2% seulement je crois dans celle du Nord). Y a-t-il un article sur la Bolivie? Je suis révolutionnaire bolivien ces jours-ci… Facile à distance. Ah oui : Le Washington Post constate que la démocratie de l’Amérique est menacée par les soulèvements actuels en Bolivie (conflit sur l’exode des profits du gaz naturel). Le journal prétend qu’ils sont soutenus par des partis socialistes de gauche. Hugo Chavez est sans doute lié ajoute l’administration Bush (Toute l’Amérique n’aime pas le président Vénézuelien ces jours-ci). Bon, le temps file. À huit heures il faut être dans l’auto.

En route, les Cowboys fringants très fort finissent de me réveiller. Jusqu’à Mathilde qui chante. « Regardez, il fait 33 degrés sur ce panneau ». La conduite est toujours aussi folle; 15 minutes jusqu’au boulot. À chaque fois que nous tournons le dernier coin qui donne sur la rue de terre menant centre, je repense à l’Afrique. Que devient le Rwanda? Gatagarra? Quelle place ont ces humains dans ma vie, 12 ans plus tard? Avec moins de naïveté et de temps, on vit beaucoup de sentiments similaires à ceux qui nous animaient là-bas. Au centre de femmes où nous travaillons, à la garderie les monitrices attendent Victor et Mathilde pour 8h30. En sortant de la voiture, ce matin, les deux sont partis en courant. Victor vers ses chums et Mathilde en sens inverse; elle ne veut rien savoir. Armée de ses invincibles pleurs, elle réussira moins d’une demie heure plus tard à se faire sortir dans les bras de la Sœur qui dirige la garderie. Les grandes sont avec Daniela (22 ans) qui nous aide depuis quelques semaines avec les enfants; un appui pour ces deux élèves qui des jours se trouvent assises bien loin dans le fond de leur classe. Où sont les copines papa? Mais voilà! Le 4 avril, elles feront courageusement leur entrée à l’école primaire de Pascuales (très loin de Boucherville à tant de niveaux). Pour quatre semaines elles porteront le même costume que leurs prochaines amies de peaux couleur café. Les deux dans la même minuscule classe qu’elles ont visitée vendredi dernier (sans trop parler), sur le même banc. Quelle expérience de complicité me semble-il!

Entre-temps sœur Jeannine arrive. Avec son sourire et son petit mouchoir pour s’éponger le front. Bientôt 80, non pas des degrés ici, mais des années. Elle me raconte avec un sourire le burlesque épisode qui a fait jaser tout le pays aujourd’hui. C’est lié au grand titre du journal de ce matin. Le président s’est pointé à la télé hier soir vers 21h (mardi) pour décréter trois jours fériés (commençant le lendemain)!!! Malheureusement, la joie des travailleurs et de l’industrie du tourisme n’aura duré que trois heures. Suite aux pressions des maires de Quito, de Guayaquil et de Cuenca ainsi que de l’association des banquiers et d’autres gros bonnets qui ont appelé à boycotter le joyeux (des)ordre du président, le frère de ce dernier (Y a pas qu’aux USA où des familles entières sont au pouvoir) a annoncé que le gouvernement se rétractait. Tout le monde était donc au poste avec nous ce matin.

On est en planification; document descriptif, plan de projet, budget (5K$ pour un an!!!) Wilma trouve ça difficile. Ce qu’elle aime ce sont les plantes, les jardins, les autres femmes qu’elle veut aider. Et voilà qu’on l’attache à des concepts nord-américains de critères de succès, d’objectifs etc. Et Genou et moi qui essayons de la motiver en espagnol! Puis un fou rire quand Marie me corrige « Papa, c’est pas comme ça qu’on dit ». Durant tout l’avant-midi défilent les femmes qui viennent au centre chercher un prêt de 100$ qu’elles remettront à coup de 10$. Bientôt elles prendront des cours pour apprendre à semer un potager organique et viendront chercher les boîtes que le projet aura fabriquées avec elle. Si tout va bien, 100 femmes dans l’année vont payer trois dollars pour ce système ingénieux de jardin en caisse de bambou qu’elles coinceront dans leur cour.

Midi, il faut partir. Aujourd’hui, contrairement à l’habitude, je dois revenir durant l’après-midi. On fait un cadeau au projet. Geneviève et moi avons fait fabriquer une première boîte pour l’exposer rapidement au centre. Je reviendrai donc à Pascuales pour emprunter le pick-up de l’oncle de Robert (le chauffeur des sœurs). Nous irons ensembles chercher les boîtes, la terres, les plantes, etc. Victor et moi allons laisser les filles à l’appartement. « Pas le temps d’entrer, on va prendre une bouchée en chemin »; prétexte pour passer du temps de gars au Burger King. Pendant que mon précieux fils mange son sandwich, moi je savoure chaque goutte de temps que j’ai avec lui.De retour à une heure top à Pascuales. Ah oui, en passant devant le même panneau que ce matin, c’était 42 degrés.

Nous allions chercher les boîtes vers Samborondon; une des banlieues très riches de Guayaquil. 15 minutes de route à longer des complexes de types « gate-cities ». À la vue de la première, on trouve les couleurs pastel jolies, les toits de tuiles, les fontaines, les arbres taillés. Puis tiens, une plus grande, toute aussi gardée. Celle-ci a même son église! Ces gens-là prient dans la propreté ma foi. Puis, trop de couleur pêche ou de rose pâle, ça finit par lever le cœur. Tous ces gardiens qui protègent de l’argent qui tremblent de peur. Ça sent l’injustice. Wilma gagnera peut-être 1500$ cette année. Si elle est chanceuse. Elle m’a demandé si les écarts entre les pauvres et les riches étaient aussi grands au Canada. Eh…

Longue journée! Vers 4 heures Victor et moi sommes rentrés à la maison. Florence et Marie travaillaient bien avec Geneviève.Mathilde dormait encore, fatiguée de son expérience matinale. Je crois qu’en se réveillant, elle avait encore ces spasmes qu’ont les enfants après avoir trop longtemps pleuré. Vous savez ces trois prises d’air saccadées, suivies d'un long soupir qui tue l'angoisse…

Avec raison, les filles voulaient sortir. Il nous fallait une piscine pour se dégourdir et se rafraîchir.. Manquant de ressource, nous avons fini par plonger dans celle de l’Hôtel Oro Verde (5 étoiles) sur le toit de Guayaquil. Jumelée à un Spa, le coût d’entrée était de 18$ par personne. Oui, oui, pour la session! Inutile de vous dire qu’on a trouvé moyen de ne pas payer.

Voilà, Genou et les enfants sont couchés. Bientôt 1h am. Je vais les rejoindre. Il y a longtemps que ma souris fuyait notre blogue. J’avais pourtant reçu beaucoup de commentaires gentils à propos de mon dernier post sur Edwin. Je crois que ses silences m’auront appelé plus que je ne le croyais.

Après 5 mois d’aventure, la sédentarité et l’ordinaire nous rattrapent donc. « André, ça y est! Je crois que je suis rendu au moment de faire le test : je vais enfin trouver le temps de voir si après la vaisselle, sous la ligne de l’équateur, l’eau s’écoule vraiment à l’envers dans l’évier.

Oh la p’tite vie.

Ah oui, je vais finir de poster les photos de mars ce soir où demain.

Merci de votre complicité

Yves et cie

15.3.05

Hommage aux souliers rouges

Il y a de cela bien deux mois que je voulais vous partager leur existence alors que je les ai vus débarquer au Pérou. Des souliers pourtant bien ordinaires en apparence mais qui se sont avérés exceptionnels. J’en connais d’ailleurs la provenance coin St Laurent, Laurier, Montréal. J’en déduis donc leur qualité, mais tout de même, ils sont fantastiques, se faufilent partout, fouineurs comme tout et ils m’apparaissent inusables!

En escale pour trois semaines dans ce beau et grand pays, ils n’ont pas chômé! A leur arrivée à Lima, ils arpentaient déjà les grandes artères, les jardins, les musées et couraient pour traverser ces rues achalandées et pressées. Puis en longeant la côte sud du Pacifique, ils se sont promenés dans un désert de dunes et de sable. Ils ont navigué sur l’océan à la découverte d’îles « resort pour phoques et autres bêtes à plumes, à poil » en sentant de plus près ce fameux guano (chiure d’oiseaux) cultivé et commercialisé comme engrais national. Tintin en parle d’ailleurs dans Le temple du Soleil, plutôt le Capitaine en patois épicés!

Dans les montagnes de l’Altiplano, les souliers rouges ont gardé leur rythme curieux. A Arequipa, ville coloniale, ils ont piétiné le passé spirituel d’un immense monastère de religieuses dominicaines, trois heures durant! Mais à Puno, sur les rives du lac Titicaca, là, ils n’ont pu s’objecter à un arrêt forcé causé par la brigade de petites amibes. Tout de même avant le coucher du soleil, ils n’ont pas hésité à sauter à bord d’un navire pour aller à la rencontre d’un peuple fascinant, celui des Uros, des gens colorés et souriants vivant sur des îles dorées de jonc tressé qui contrastent du bleu magique de ce lac, le plus haut du monde. A Cusco, autre ville coloniale, capitale du Machu Picchu et summum de l’architecture hispanique, il était étonnant de les croiser de bon matin se rendre à l’une de ces nombreuses églises pour prier mais aussi troquer quelques pensées pieuses à contempler l’œuvre artistique de ces lieux bénis. Il est vrai qu’une messe en espagnol, on finit par s’y perdre!

Puis se fut au tour du célèbre Machu Picchu, camouflé dans des montagnes verdoyantes à la limite de l’Amazonie, d’accueillir les fameux souliers rouges. Négligeant la brume et la pluie, qui offrait un spectacle encore plus mystique du site, ils s’aventurèrent dans ses sentiers étroits et escarpés, gravirent ses nombreux paliers, foulèrent les chambres des princesses et des dignes, et les lieux spirituels, se trempèrent l’orteil dans les canaux et en ultime curiosité, ils escaladèrent jusqu’au sommet pour contourner cette pierre énergisante et respirer à pleines semelles toute cette magnificience! Et vous pensez peut être qu’après une telle journée, ils se sont reposés ? C’est mal les connaître. Et non il fallait aussi goûter aux bains d’eau thermale nichés tout en haut du village d’Agua Caliente. C’est là que, poireautant dans une flaque, seuls et penauds de ne pouvoir participer au délice chaleureux, je leur décernai une médaille.

Et cette médaille ne revient à nulle autre qu’à la personne qui les chausse, cette femme extraordinaire, qui ne cesse de m’impressionner et dont je ne cesse d’admirer. Elle souffle ce soir ses quatre-vingt-une chandelles.

Bonne fête maman!

Je t’aime plus haut et plus loin que ce magnifique Machu Picchu!

Tafilleenequateur,

Geneviève xxx

25.2.05

Edwin, le berger du vide

Posted by Hello


Je me suis mis à penser à lui en essayant de m’endormir. Mes pensées avaient erré jusqu’à lui je ne sais trop comment. Peut-être était-ce d’abord la chaleur que je fuyais? Cette nuit est trop chaude à Guayaquil. Dans l’appartement d’à côté, on dirait que toute l’Amérique latine dans la salsa. Y a plein de bruits, c’est la fête. Feliz es la vida! Lui, il est quelque part dans une petite maison dans les montagnes au Pérou, près de Huaraz, dans le noir, la fraîcheur et le plus parfait silence.

Edwin est berger. Il devait avoir 10 ans. Etonnant, n’est-ce pas? Métier démodé, anachronisme même. On ne trouve plus ce choix de carrière chez l’orienteur. Pourtant, après avoir croisé quelques-uns de ces lumineux témoins de la vie, je me dis qu’il faudrait y repenser. Imaginez…Vivre l’instant présent dans la nature; penser à pourquoi le vent vient de virer; comprendre la grandeur et la complexité d’un territoire pour l’avoir marché jusqu’à bien connaître ses moindres détails. Ne pas courir derrière le temps, mais le saisir. Nous sommes une foule de personnes qui n’aspirent qu’à cela en sachant que nous n’y arriverons jamais. Pour nous, cette quête spirituelle n’est qu’un hobby, un loisir; dans nos sociétés, le zen n’est qu’une interligne entre deux tâches à l’agenda. Dans le fond, nous sommes le plus souvent incapables de lâcher prise, de palper le temps à mains nues comme les bergers savent le faire.

« Edwin. Pour moi tu n’es pas le frère de la petite fille aux allumettes. Je n’ai pas envie d’avoir pitié de toi. Au contraire j’aimerais avoir le courage de t’envier : malgré tes souliers de foot à crampons tous percés; malgré ton passé troué aussi par la mort de tes parents; ou tes quelques trop maigres bêtes que tu guides toute la journée. Sans les quelques sous qu’il te faudrait pour manger plus, pour dormir mieux, je t’envie parce que tu touches à la vie. C’est vrai. Tu lis d’interminables heures, sans livres, en observant passer les nuages ou les gens, selon l’intérêt. Tu écris sur la terre, sans plumes, en traçant avec tes pieds des sentiers qui conduisent aux secrets de la nature. Tu sais, sans le dire, tellement plus que moi sur le sens de la vie. Tu pries aussi, sans messe, le silence est ton reflet. Tu n’as pas peur comme moi du vide. »

« Edwin, tu nous as expliqué en quelques minutes l’histoire de cette ruine de la culture des Wari. Pour nous elle était quelconque cette ruine. Les seuls touristes qui arrivent ici sont ceux qui se perdent durant une ballade dans la nature. À côté du Machu Pichu, de Chan Chan ou de celles des Chavin, tous ces vestiges cinq étoiles, ta ruine d’une demi-étoile n’a rien de spectaculaire. C’était un samedi après-midi, tu savais faire parler les morts. Était-ce de les avoir entendus la nuit? À la fin de l’explication, où tu observais les yeux de Marie ou de Florence, pour t’assurer qu’elles aient bien compris ta précieuse histoire, tu nous as dit que tu voulais être un jour guide professionnel; celui qui fait de vraies visites payantes pour les touristes Ainsi, tu prendrais mieux soin de ta vielle grande mère et de ton jeune frère. »

« Edwin tu n’es pas un p’tit cul de dix ans qui s’occupe de quelques bêtes pour le compte de ta famille. T’es plutôt le frère du petit prince, on l’a vu dans tes yeux, ces grands miroirs montrant comment ta vie est dure mais vraie. D’accord, au début j’ai dit que tu étais berger, mais si tu écoutes bien le silence de tes montagnes, tu m’entendras te dire que tu as été pour nous un guide, des plus professionnels, celui qui nous a fait faire quelques pas dans le vide »

Merci

Quand les grands du monde n’auront plus pitié des bergers, quand ils tireront l’oreille pour les écouter, ils entendront la sagesse de leur silence…

P.S. J’ai écrit ce texte pour te parler Edwin, mais surtout pour que mes enfants se rappellent de toi ainsi que de cette sagesse qui a les touché ce jour-là.

22.2.05

Feliz cumpleaños Mathilde!
Embrassez-la sur la joue, elle a deux ans aujourd'hui.
 Posted by Hello

Ma chère Mathilde, c'est à ton tour...

De retour en Équateur, nous sommes à Guayaquil dans notre nouvel appartement. Jusqu’à la fin avril, c’est ici que se reposeront nos valises. Nous attendons les parents Poiré qui sont restés coincés hier à Newark (problème d’avion). Ils devaient arriver pour l’anniversaire de Mahilde. Nous étions bien tristes (c’est peu dire) de ce contretemps.

On a donc fêté Mathile sans les grands-parents: Déjeuner de crêpes; cadeaux; ballade au Malecon (magnifique parc au bord de l’eau); dîner au McDo(!); retour pour une baignade dans notre nouvelle piscine (barboteuse gonflée); et invitation des copains/copines-voisins/voisines à souffler les bougies. Tout cela dans une journée chaude (quasi 40 degrés) et humide, les doigts croisés pour que le vol 887 de Continental Airline ne soit pas encore une fois retardé.

On a aussi pensé à ceux qui s’ennuie de Mathilde. Voici une photo d'elle prise à la mer (Mancora, Pérou) la semaine dernière. Notre bébé à deux ans!

Elle aussi vous embrasse

lafamilleenequateur

20.2.05

La St-Valentin à Mancora

Toujours au Pérou. Dans ce grand pays de contrastes, après avoir passé près d’une semaine enivrante dans les Cordillères Blanches à déguster à chaque heure du jour les splendeurs de ces hautes montagnes aux neiges éternelles ( à 6700m d’altitude), nous voici les deux pieds dans le sable sur l’une des belles plages du nord à Mancora. L’eau chaude et les plus longues vagues de gauche au monde attirent surfers et touristes chiliens, équatoriens et argentins (et quelques rares canaiens!).

Nos enfants, nos amours

Le son des vagues chatouille notre sommeil. A peine 7 heures du matin quand on entend clinquer la vaisselle et des voix qui chuchotent dans la cuisinette. Tenir notre promesse et ne quitter la chambre que sur demande! Marlene est venue aider Marie et les autres à exécuter leur plan pour la St-Valentin. Ça sent les câlins et la tendresse avec cette épice toute précieuse qu’est la candeur.

On se fait tirer du lit pour découvrir une table toute garnie pour le déjeuner (salade de fruits, gaufres et marmelade) que jalouse même la mer à quelques mètres. Marie toute grande et fière nous invite officiellement à s’asseoir alors que Florence, les yeux rieurs, se mord les lèvres de confirmer qu’ils ont réalisé ça tout seuls. Victor, le petit blond à la culotte bleue (de Bob l’éponge), tout bronzé, tourne autour friand de goûter la première gaufre. C’est un estomac sur deux pattes celui-là, il a toujours faim! Quant à Mathilde, la bouclée aux yeux bleus (coqueluche sud-américaine), avec sa couche pendante qui crie son « u » (jus) et son excitation devant de la nourriture. Une autre gourmande! On la surnomme « gordita ou wawita en quechua »
.
Marlene assiste à tout ça rêveuse, hésitant entre rire ou pleurer, entre envier ou crier à l’injustice. C’est devant leurs albums de photos qu’hier, ils nous ont raconté leur triste histoire. Alberto et Marlene viennent de perdre leur second enfant, il y a à peine deux mois, le lendemain de Noël.

Leur première fille, Marlene ne l’aura jamais connue vivante. On lui a déposé son petit corps dans les bras, le lendemain, alors qu’elle avait repris des forces suite à une hémorragie. On avait cru bon lui cacher la mort de son enfant insinuant que le bébé était dans un autre hôpital. Dans ce mois, dans ce village (pueblo), quatre bébés sont morts à la naissance probablement dû à des conditions médicales précaires. Leurs petites croix, voisines au cimetière, en témoignent.

Cinq années à se dire forts et à cacher leurs larmes, à panser cette blessure qui refait surface à la vue d’une fillette qui aurait aujourd’hui son âge, qui aujourd’hui leur ferait des câlins! Cinq années à se convaincre qu’un tel malheur ne peut arriver deux fois. Cinq année à se ramasser des sous pour un accouchement à l’hôpital (500 soles, 200$).

En juillet 2004, naissait leur seconde fille, à Piura, la plus grande ville à proximité, à trois heures de bus. Tout c’est bien passé.
L’album photo sent à son tour toute la tendresse, les bisous et l’amour pour leur fillette Linky. De la naissance jusqu’à cette photo, où vêtue de blanc telle une princesse avec sa couronne de fleurs et ses chaussons blancs, son père l’embrasse une dernière fois dans son petit lit de bois blanc. Marlene derrière lui serre le chandail et semble crier sa douleur… Tous entourent la petite tombe. Ils sont près d’une cinquantaine, émus!
A sept mois, Linky succomba à une bronchite, à l’hôpital. Malgré tout ce qu’ils ont tenté pour sauver leur fille avec l’argent amassé, vendant même leurs effets personnels, cela n’a pas suffit.

Que dire devant des photos si troubantes? Si intense d’émotions et de douleurs de parents. Il y a des mots parfois inutiles que seuls les yeux savent bien traduire.

Malheur… Pourtant un autre rêve essaie de renaître. Tous les vêtements, les jouets et le mobilier du dernier enfant demeurent à la maison, en attente. Dans un mois un poupon y fera peut-être son nid. La mère porteuse, une jeune fille de Trujillo (connaissance éloignée) ne veut pas l’enfant et surtout veut cacher la grossesse à sa famille. Marlene et Alberto feraient tout pour payer la césarienne et assister à la naissance de leur troisième enfant. Quand on les a quittés, Marlène partait pour Piura, les doigts croisés, pour toucher le ventre de cette jeune fille.

Nos enfants sont bien choyés d’être nés au Nord, et combien le sommes-nous de les avoir tout près de nous en santé et rieurs?

Besitos para tous nos petits cœurs du Québec et d’ailleurs.

7.2.05

De nouvelles photos

Hola!

(desole pour les accents)

Nous sommes a Huaraz depuis 5 jours. Dans ces montagnes a couper le souffle. Nous avons fait des ballades incroyables, rencontre des gens heureux et vu la nature dans ce qu elle peut avoir de plus beaux. Les gens sont tellement gentils ici. D autant plus qu ils sont en plein carnaval (ici c est l ete!). C est donc avec tristesse que nous prendrons la route (la piste plutot) demain. Cinq heures d une route de terre difficile avec une passe a pres de 4500m. Nous rentrons doucement vers l Equateur. D abord, on fera une pause sur les plages de Mancora, avant de rentrer et de se trouver un endroit ou vivre pour quelques mois dans la region de Guayaquil.

Nous y travaillerons de la fin mars jusqu au mois de mai; un projet de jardins communautaires dont on vous reparlera. Ca changera des technologies de l information et de la psychoeducation.

On vous embrasse en vous laissant des photos prises durant les mois de decembre et janvier.

Consultez les liens sur la page principale.

Muchos besos.

Ce n’est pas le Pérou...

7 février

Enfin, tu n’es plus que sur une carte, ou dans l’album de Tintin et le temple du Soleil. On est entré chez-toi par le désert. A première vue ton visage est dur. Homme indien, ton sang l’est plus que celui de ton frère au nord. L’océan martèle ton flanc ouest de ses eaux froides. Quelques oasis, quelques vallées vertes dont les racines des rizières plongent jusqu’au passé des plus vielles civilisations précolombiennes. Sur le bord de la panaméricaine, des ruines sèchent encore au soleil leurs larmes fatalistes. Ils sont disparus ces hommes libres; tisseurs de joncs, chercheurs d’or ou tailleurs de pierres. Le seigneur de Sipan, roi des Chimu (300 après JC), lui, vient de se faire dépoussiérer. Il reposait quand on l’a vu dans un des grands musées du monde à Lambayèque près de Chiclayo. Sa pyramide découverte en 1987 ne ressemble plus qu’à un tas de terre. De quel droit a-t-on exposé ses restes, ainsi que ceux des sacrifiés au moment de sa mort? À qui appartiennent ses trésors? Combien les chinois (ces nouveaux riches) t’offrent-ils pour découvrir tes autres trésors enfouis? Pour entretenir Chan Chan, ta cité du soleil où plus de 150 000 personnes ont vécu il y a des milliers d’années?

On a fait quelques sauts dans ton bel océan bleu marin, admirant parfois les « Caballos de totora » (bateaux traditionnels que les pêcheurs enfourchent comme un cheval, tressés de jonc) ou les « surfers » poussés par les plus grandes vagues de gauches(!). Jusqu’à quand se baigneront tes fils remplis de potentiel? Quel horizon leur donnent-ils? En accumulant des kilomètres, s’empilaient aussi des impressions de vide dans ton désert aride. Ces maisons en terre et en pailles, petites boîtes carrées invivables, nous ont piqué les yeux. Aussi, des puits tirant l’or noir que tu revends à près de 4 USD à tes pauvres chauffeurs de taxi. Pas étonnant que tes routes soient aussi belles, qui chez-toi a les moyens de rouler avec sa voiture? Trujillo, jolie ville provinciale et espagnole, notre premier vrai contact avec ton peuple colonisé. La fête des rois, que tu fêtais joyeusement ce soir-là témoignait de ton folklore peu délavé par ces années de dominance. Ces journées et ces décors se sont répétés et répétés jusqu’à Lima.

Lima est loin de ton cœur. Elle s’est construite plus près de ta tête. Impossible que ton cœur ait laissé grandir cette ville artificielle, plus encore que les nôtres. Oasis dans le désert? Tu as raté la chance de construire un autre modèle de cité. Tu avais pourtant tellement de richesses et de modèles dans les racines de ta culture. Comme nous, tu n’as pas compris que le progrès n’est pas un sens unique dans la direction de la commercialisation. Tes « Centro » sont comme nos Club Price; des centres où se pensent riches des consommateurs avertis qui accumulent les biens et augmentent leur taille. Pourquoi est-ce que Mirraflores, ton quartier plus riche, nous a-t-il aimanté? Triste que nous trouvions dans le plus beau (à nos yeux) un sentiment de bien-être. Décidément, notre famille n’est pas sevrée de ses réflexes occidentaux. Victor nous a donc convaincu de manger deux fois au McDo. Les filles ne voulaient plus sortir du Ripley, sorte d’Ailes de la Mode au Pérou. Mathilde a dû glisser cent fois dans les glissades de cet élégant parc de Lima. Est-ce égoïste de penser que tu ne devrais pas copier ces plaisirs?

La hâte que Geneviève et les grandes ont eu de visiter ton aéroport; ils arrivaient enfin… Les grands-parents (Bleau) voyageurs avaient des valises pleines de surprises tricotées par les oncles, les tantes, les cousins, les cousines. De belles retrouvailles pour tous. Tellement de joies pour les enfants. Incroyables ces souvenirs qui allaient se fabriquer dans leur tête. Des grands-parents seulement qu’à eux durant trois semaines. Ton paysage allait être la toile de fond de ces scènes de joie. À huit, bien serrés dans la voiture et tout plein de bagages sur le toit, nous avons repris la route sur ta côte sud. Encore le désert et la mer pour plus de 1000 km. Dans ta réserve de Paracas, nous avons pris la mer et approché tes Îles Ballestas, sanctuaire de millions d’oiseaux, de pingouins, de lions de mer, de phoques. Observé durant cette balade cet immense géoglyphe en forme de chandelier (150m x 50m) tracé par on ne sait qui il y a des centaines d’années. Certains pensent aux pirates qui contrôlaient cette entrée sur tes terres, d’autres relient cette forme aux mystérieuses lignes de Nazca qu’on retrouve deux cents kilomètres plus au sud. Entre temps, nous avons goûté ton vin à Ica, dans une Hacienda (avec Bodega) où la chaleur s’est mise à l’ombre avec nous le temps d’un dîner. Les enfants eux se sont mis à l’eau dans la piscine s’amusant dans les immenses glissades. Peu de gens savent que tu produis du bon vin. Ton pisco, lui est plus connu. Cette boisson forte, à base de canne à sucre, était hier celle des esclaves qui arrivaient d’Afrique pour cultiver tes terres costales autrefois plus riches. Ce jour-là, ton pisco nous l’avons bu dans un apéro appelé « Pisco Sour », mélangé avec de la lime et un blanc d’œuf battu.

Tu es mythique mon vieux. C’est à Nasca qu’on l’a d’abord vu; ces grandes formes tracées il y plus de deux milles ans …

(À suivre) Nous partons luncher dans un café Internet de Huaraz, puis au marché; histoire de prendre nos courriels, de tenter d’enregistrer quelques posts et de créer les albums de photos de décembre et de janvier. On fera attention de ne pas se faire trop arroser d’eau ou de farine. Ici, cette semaine, c’est le carnaval!

Amitiés

Lafamilleenequateurenfugueauperou

20.1.05

Nous entrons au Pérou

Dimanche 9 janvier

Bientôt dix lunes depuis la nouvelle année. On vous la souhaite libre! Avec tout ce que la liberté apporte de chance, mais aussi de choix parfois difficiles. Surprise. Nous sommes au Pérou. On revient tout juste des grandes places du centre de Lima, la capitale du Pérou. On s’y croyait quelque part en Espagne. Nous sommes dans ce pays depuis près d’une semaine déjà. Après avoir traversé en voiture près de 1500km de désert, nous sommes arrivés en après-midi dans cette métropole où vivent plus de 5 millions de personnes. À première vue, Lima ressemble beaucoup aux autres grandes villes de taille comparable. Sauf, qu’elle est aujourd’hui en plein désert. Jadis, avant que les Conquistador ne la ciblent pour y établir leur vice-royauté, cette grande plaine au bord du Pacifique était le jardin de ce continent. Trois ou quatre grands fleuves l’irriguaient avant de se jeter dans la mer. À notre départ de l’Équateur, Thomas (un ami dont je vous parlerai) nous a dit cette phrase qui m’est restée : «I’ve lived in Lima for six years, and it never rained. Not Once !».

Après avoir été plus sédentaires durant le mois de décembre, nous voilà repartis de plus belle. Au début, on devait effectuer ce trajet en avion (les vols locaux ici ne coûtent pas très chers), mais on a changé d’idée croyant que nos co-voyageurs allaient mieux apprécier leur séjour avec nous via les voies terrestres. Plus facile aussi pour eux, pensons-nous, de bien s’acclimater à l’altitude des hautes montagnes péruviennes qui nous attendent. Saviez-vous que Cuzco et le Machu Pichu (centre de la civilisation des Incas) sont à près de 4000m du niveau de la mer? Que le lac Titicaca est situé à plus de 3800m? Beaucoup de kilomètres, mais tellement de choses à se dire… On verra bientôt si c’était la bonne option.

Le Nord du Pérou est très pauvre, du moins sur la côte. Ce désert offre à ses habitants bien peu pour vivre; de quoi faire des briques d’argile pour construire des petites maisons. Pas de jardins, pas de bétails, même pas quelques poules. Deux ennemis infatigables semblent là, omniprésent : la chaleur et le vent. La mer fournit bien sûr ce qu’il faut de poissons et des fruits de mer, mais le reste fait terriblement défaut. Le désert a sans doute ses charmes, comme tous ces coins de la planète aux premiers abords anxiogènes. Il doit suffire d’y vivre assez longtemps pour les découvrir. Malheureusement, notre vitesse moyenne de 100 km/h ne nous aura pas permis de les saisir.

Dans ce désert, il y a bien quelques magnifiques vallées où miraculeusement sur des dizaines de kilomètre le vert perce. Des rizières bordées de palmiers nous ont transportés l’espace de quelques minutes en Asie, au Cambodge ou en Indonésie (non pas que nous y soyons allés (!); je cite ici le Lonely Planet). Quelques jolies villes aussi; Piura, Chiclayo, Trullijo (premières villes de colonie). Cette grande région fut surtout le site de plusieurs civilisations très anciennes. Près de Chiclayo, des archéologues ont d’ailleurs trouvé en 1987 (parmi les plus grandes découvertes archéologiques récentes) des pyramides qui dormaient encore discrètes abritant les restes d’un peuple qui les a érigées (les Mochica) Construite environ 300 ans après J-C, ces tombes du Seigneur de Sipan ont protégé des trésors (restes humains, céramiques, tissus, orfèvrerie, et autres) qu’on retrouve aujourd’hui dans un des plus grand musée du monde. Émouvante ces quelques heures. Sur notre route, nous avons croisé au moins une dizaine de ces sites (dont celui de Chan Chan situé près de Trullijo et classé par l’UNESCO dans le patrimoine mondial) qui ont été habités ou construits par des cultures fascinantes.

Ah oui! Les enfants suivent ne vous en faites pas. Pas toujours sans se plaindre des longues heures de route, mais étonnamment, rarement du fait qu’il faille toujours partir dès qu’on commence à être bien dans un endroit. De qui tiennent-ils? Ils posent plein de questions. Les grandes filles trouvent qu’elles connaissent bien peu leur pays. Nous aussi d’ailleurs. Marie hésite désormais entre deux carrières; celle de biologiste ou celle d’archéologue! Durant les fêtes, les filles ont pris du retard au plan académique. On se demande très souvent quel sera l’impact de ce voyage sur la vie scolaire de Marie et Florence. Même si Geneviève et moi rationalisons toujours en disant qu’ils apprennent tellement des choses, la marginalité de ce projet (choix de parents) comporte aussi des questionnements difficiles. Surtout pour Geneviève qui s’est donnée cette tâche difficile de mère-enseignante-itinérante. Florence commence à parler davantage l’espagnol. Marie dit désormais tout celle qu’elle veut. Victor, lui, a vu son deuxième film au cinéma (Los Increibles) et semblait suivre facilement l’histoire. Mathilde parle beaucoup elle aussi; bien qu’on ne sache pas encore si c’est du français ou de l’espagnol.

Traverser la frontière Equateur-Pérou n’a pas été simple. Nous avions pourtant une bonne préparation et, croyions-nous, les nombreux papiers requis (passeports, visas, permis de sortie de l’Équateur, permis de sortie de la voiture, immatriculation à mon nom, pas nos carnets de vaccination par contre!). Après avoir quitté Brigitte et Yolande à Cuenca mardi le 2 janvier, nous avons roulé environ cinq heures avant d’atteindre la limite du Pérou sur la côte du pacifique. Arrivés vers 15h dans ce décor de film d’aventure où l’on s’attendait à être super contrôlés, nous avons d’abord facilement franchis la frontière. Trop facilement. Les fenêtres et les serrures de la voiture bien fermées, nous nous sommes faufilés serrés dans la chaleur à travers des centaines de personnes affairées à l’on ne sait quoi (à la contre-bande nous a-t-on dit plus tard); allant des tireurs de chariots de vivres, aux commerçants de toutes sortes, aux policiers, aux cambistes, etc. À travers un grand marché rempli de fruits, de légumes, de chinoiseries quelconques et bien sûr d’animaux, nous sommes doucement passés. Mais voilà, près d’un kilomètre dépassés le pont international et le signe de bienvenue au Pérou, un premier contrôle nous arrêtait! « Ah bon, il fallait s’arrêter à l’immigration équatorienne. Il y a quatre kilomètres, dites-vous? On a rien vu, on vous le jure. Faut-il vraiment retourner et traverser encore deux fois ce chao? Quoi! Il nous faut aussi un permis de transit péruvien pour la voiture; un permis particulier puisque la voiture passera par la Bolivie et ne rentrera peut-être pas en Équateur par ce même bureau de douane. C’est écrit où, tout cela, monsieur le douanier? »

D’abord un pseudo-assistant douanier est monté avec nous pour nous montrer, de l’autre côté du pont international, le kiosque (non identifié) où nous devons obtenir ce précieux permis spécial. J’oublie son nom, il parle vite et son accent est différent. Notre espagnol est-il donc si fragile et sensible géographiquement? Geneviève se demande encore pourquoi je l’ai embarqué. On s’était juré de suivre les conseils unanimes de tous les initiés; pas des commissionnaires. Ce sont des arnaqueurs! Avec ce petit coup de main est venue la première d’une série de taxes amicales non obligatoires mais essentielles à la fluidité du processus. Un autre, plus jeune, est ensuite monté à la place de Genou coincée derrière avec les enfants, celui-là pour nous indiquer où était l’immigration équatorienne que nous avions loupée une heure auparavant. Celui-là s’appelle Luis. Péruvien, amical et cambiste officiel, selon la carte plastifiée qu’il porte fièrement à son cou, il nous conduit à la sortie officielle de l’Équateur (logique, comment entrer au Pérou sans être d’abord sortis de l’Équateur). Facilement tout les papiers sont traités et bien tamponnés. « Una familia numerosa » commentent-ils tous! « Si, si »

De retour au kiosque du permis spécial, heureusement tout s’est bien passé. Beaucoup de temps perdu. Quelques sueurs froides familiales aussi. Contre nos principes, j’ai dû laisser Geneviève et les enfant seuls dans la voiture (entourés d’une bonne douzaine de personnes qui les observaient bien appuyés sur notre LR tant aimée) pour aller avec le supposé agent de permis spéciaux faire des photocopies de mon permis de conduire et du matricule de l’auto (pour leurs dossiers, ils n’ont pas de photocopieuse!). Quand je lui ai dit que je ne voulais pas laisser ma famille seule. Il m’a offert d’y aller tout seul. « No gracias Senor! Mi papeles quedan con migo »

N’allez pas croire qu’il n’y a pas eu un brin de plaisir alors que nous nous enfoncions de plus en plus loin dans ces corridors qui étaient, tout sauf diplomatiques. Quelle joie aurons-nous un jour de repenser à ces souvenirs de voyages… De retour au Pérou, on a rempli six fois plutôt qu’une nos déclarations de douanes. Les passeports étampés et en lieu sûr, nous avons repris la route, fatigués, affamés (il était 18h30), mais heureux d’aller découvrir ce pays si riche en diversité.

Sur des routes aussi cahoteuses que celles de l’Équateur, dans le noir (ne roulez jamais à la noirceur disent avec raison les gens prudents) il nous restait encore deux longues heures à faire avant d’atteindre les plages de Mancora (les plus belles du Pérou semblait-il), notre destination. Nous les avons faites sans mésaventures. Heureusement, Mathilde et Victor ont perdus contre la fatigue et la chaleur. Endormis, ils n’ont rouvert les yeux que vers 21h alors que la magie des voyages, les avait transportés au bord de la mer dans un endroit paradisiaque (presque culpabilisant, genre club med). Nous avons fini la soirée les six dans la piscine de l’hôtel à entendre le bruit des vagues et en contempler le ciel en riant aux étoiles. Nous étions tellement biens que nous avons oublié de souper.

Voici à peu près l’essence de notre première semaine au Pérou.

Ah oui, aussi, nous avons été victime hier de notre deuxième crevaison dont j’ai déjà promis de ne pas parler. Je conserve mes résolutions, après tout, c’est le début de l’année!

Bonne année 2005

La famille en Équateur en fugue au Pérou

Vers le Carihuarazo…

30-31 décembre

Cette expédition restera à jamais, pour moi, comme une de nos plus belles expériences de famille. J’attendais ces deux jours de marche en montagne comme nos enfants attendent Noël à chaque année. Avec un peu d’appréhension aussi… Geneviève, avec raison, s’inquiétait des effets du froid et de l’altitude sur les enfants. Nous allions quand même dormir à plus de 4300m, dans des tentes. La température allait frôler le point de congélation. En demandais-je trop à la famille en Équateur?

Toujours est-il que nous avons quitté l’appartement d’Isabelle vers 19 heures le 29
Décembre. Direction Urbina; une vielle station de train transformée en camp de base par Rodrigo, notre guide pour l’expédition. Quelques mots sur lui : Il a 48 ans et lorsqu’il parle des montagnes, il a l’air d’un enfant aux tourniquets d’un parc d’amusement. Pour ceux qui ont connu l’ami Pierre Valiquette (que je salue quelque part en train d’aider dans un coin dangereux du Congo), il est pareil; cheveux très courts, visage carré, petite stature, forme physique incroyable, un peu excessif aussi. Rodrigo n’a plus qu’un poumon (!), l’autre, il se l’est fait piquer par des salauds il y quelques années durant une expédition au Chimborazo. Ces derniers l’ont battu alors qu’il s’était détaché les mains afin de s’enfuir. Malgré cela, Rodrigo est aujourd’hui un des meilleurs montagnards de son pays. Sa passion des Andes est aussi visible et vraie que contagieuse. Nous l’avons rencontré par hasard un dimanche après-midi où nous rentrions à Riobamba en provenance de Baños. Après quelques minutes de conversation, je lui ai demandé s’il avait déjà monté avec une famille comme la nôtre. « Y avait-il des expéditions qui nous étaient accessibles, sans trop de danger? »

Sa réponse fut que oui! Qu’il existait entre le Chimborazo et son voisin, le Carihuarazo, une passe qui consistait en deux marches de quatre heures très faisables pour les enfants. Nous avons fait sur le champ le pacte de réaliser cette expédition ensemble. Il m’a promis qu’il nous guiderait personnellement. Il gère une petite entreprise qui organise des expéditions en montagnes et il embauche de très bons guides. Mais, il voulait monter avec nous pour le plaisir d’une aventure différente en montagne, en famille (il est lui-même à la fois grand-père et jeune père!).

Quand nous sommes arrivés à Urbina vers 21 heures, il faisait froid. Autour de 5 degrés probablement. La beauté du ciel nous a tout de suite pris les yeux mettant en scène le début de notre aventure. Ils nous attendaient. Surprise : Un groupe de musique des Andes (six musiciens incroyables) a fait danser la vingtaine de montagnards qui dormaient, comme nous ce soir là, à Urbina avant de partir en montagne. Flûtes de pan, tambours, guitares ainsi qu’un petit instrument à douze cordes dont j’oublie le nom (du genre de celui de Thomas Fersen) et de belles voix indiennes nous ont bien réchauffés. Rodrigo sautait partout, invitait nos filles à danser, sifflait dans une grande corne de brume. Quel dépaysement! Pas autant à nous, semblait-il, qu’aux dix américains qui venait ici faire l’ascension du Chimborazo, la plus haute montagne de l’Équateur. Voilà, il se faisait tard. Nous avons dit bonne nuit et devant le feu du foyer de notre chambre, nous nous sommes endormis excités.

Le lendemain nous avons pris le petit déjeuner dehors sur le quai de l’ancienne gare. Un beau soleil nous réchauffait. Les sommets des deux volcans étaient bien visibles. Quelle chance! Quelques lamas regardaient, comme nous, l’expédition se préparer tranquillement… Il fallait monter le campement, l’équipement de camping, les vivres, les sacs de vêtements, l’équipement d’escalade, etc. Quatre personnes et cinq chevaux allaient monter avec nous; en plus de Rodrigo, Fabien (cuisinier et porteur) ainsi que Raymondo et Segundo (cavaliers et assistants au cuisinier) allaient avec la plus grande gentillesse rendre notre expédition sécuritaire et mémorable.

Nous sommes partis vers 9 heures en camionnette jusqu’au sommet de la route, à environ 3 900 mètres. Les cavaliers sont partis eux avec trois chevaux et le matériel de l’expédition. Ils allaient nous devancer pour aller installer le campement. De là, nous avons d’abord longé une magnifique vallée entre le deux grandes montagnes. Mathilde à mon dos, Victor sur celui de Fabien, son porteur (et à la fin inséparable complice), Florence ou Marie sur le cheval tandis que l’autre marchait au côté de Geneviève comptant les minutes avant son tour sur le dos de Russillo (le cheval). Nous avons marché les deux premières heures sans trop forcer, traversant au soleil de grands champs et quelques rivières provenant des glaciers. Un peu essoufflés par l’altitude, sans plus.

Après la pause pour le lunch, le temps a changé. Les nuages et le froid nous ont accompagnés jusqu’au campement. La deuxième partie de cette marche fut beaucoup moins facile. Une longue et constante montée sur le flan abrupt du Carihuarazo nous a pris tous nos efforts et notre énergie. Heureusement, la beauté de la nature et les paysages (cliché) nous encourageaient à continuer. Le vert était désormais derrière nous faisant le place aux blondes herbes, aux tout petits arbustes, aux pierres et à la terre brune des hautes montagnes. Le froid a vidé nos sacs. Toutes les pelures possibles mises, tuques et mitaines aussi, nous sommes parvenus au campement vers trois heures sous un ciel très gris. Il neigeait et grêlait faiblement. Les enfants étaient mêlés; fallait-il crier la joie de voir la neige tomber ou se plaindre du froid qu’il faisait? Ils ont fait les deux.

Heureusement, Raymondo et Segundo s’étaient bien rendus avant nous. Le campement était en place. Une grande tente pour cuisiner et un autre pour manger. Quatre autres petites Eureka pour dormir. Après s’être un peu réchauffé près du brûleur au gaz et avoir mangé des guimauves grillées (merci Geneviève) dans la tente qui servait de cuisine, nous sommes allés changer de vêtements et préparer les tentes pour la nuit qui commençait à tomber. On s’est ensuite attablé et un repas superbe nous a été servi; une soupe consistante aux légumes, du poisson, des côtelettes de porc, des pommes en purée, une salade de légumes cuits ainsi que des fruits en dessert. Rodrigo nous a raconté plein d’histoires tirées de ses expéditions dans les Andes.

Puis on s’est mis à parler de tout et de rien. On parlait de Noël et du Jour de l’An, des différences entre nos deux cultures. Il nous expliquait que pour le Jour de l’An, en Équateur, les gens construisent des pantins géants représentant des personnages publics qui ont marqué l’année. Lorsque minuit sonne le 31 décembre, ils les battent et les brûlent pour rire, naïvement. La tradition consiste aussi à se vêtir de noir le 31 au soir, en deuil de la nouvelle année. Puis, il a commencé à nous raconter cette triste histoire s’étant passée quelques jours auparavant (le lendemain de Noël). Cinq jeunes enfants ont été enterrés, alors qu’ils dormaient dans un conteneur à vidange, par un camion qui déchargeait son contenu. Il n’a fait que commencer l’histoire parce les larmes ont tout de suite mouillé ses yeux et la tristesse éteint sa voix. Nous avions lu la nouvelle dans le journal de Baños. Un des enfants a survécu; le plus vieux qui avait 9 ans je crois. Ces enfants avaient été mis à la porte d’une maison pour enfants seuls la veille et n’avaient trouvé que ce lieu sordide pour se réchauffer. La symbolique des enfants aux poubelles est tellement forte… Putain de vie parfois! Tous ce qu’on a pu se dire, c’est que cette histoire aurait pu avoir lieu à Montréal-Nord ou dans le quartier de la petite patrie à Montréal.

Vers 7h30 (!), la noirceur, le froid et la fatigue nous ont conduits à nos tentes. Genou avec Mathilde et Florence dans une, et moi avec Marie et Victor dans l’autre. La chaleur de la bougie quelques minutes a chassé un peu d’humidité mais pas le fond d’angoisse que vivaient les enfants. Mathilde surtout. Elle a pleuré longtemps et a mis beaucoup de temps avant de s’endormir. Marie aussi était angoissée. Elle pour une autre raison. Elle savait depuis des semaines que durant cette nuit j’allais partir avec Rodrigo et tenter d’atteindre le sommet du Cariharazo. Rodrigo avait beau lui avoir expliqué que ce n’était pas dangereux, lui avoir montré tout l’équipement de protection (crampons, piolet, cordes), il lui restait cette peur de me voir partir, (à la plus plus grande aussi, Geneviève, qui pensait à son bonheur de petit gars, au désir qu’elle avait aussi de les suivre tout en haut, mais aussi au pire! Yves lui laissait de plus le combat des fantômes et du froid des enfants de cette nuit si noire, humide et nébuleuse…houhou)

Après un bout de nuit difficile (Geneviève et moi plusieurs fois levés pour rendormir Mathilde ou pour le pipi de Victor), Rodrigo m’a réveillé comme convenu, vers deux heures et demie. Il fallait environ trois heures de marche et d’ascension avant d’atteindre le sommet, donc un départ vers trois heures. Après avoir avalé un grand bol de gruau à la cannelle et une double portion de tisane de coca, nous étions prêts à partir. Un gros manteau d’hiver, une tuque, une lampe frontale, des mitaines, des jambières, des guêtres, des bottes de montagnes et un sac au dos contenant mes crampons, de l’eau et une collation; voilà en gros l’attirail de l’alpiniste nerveux que j’étais. Allais-je m’y rendre?

La lune était brillante. Rodrigo est parti devant moi. (Je les ai vu partir tout secrètement et suivi leur petite lumière puis le brouillard les a enveloppé. Drôle de feeling!) Il m’avait prévenu, mais le rythme de notre marche m’a impressionné. De très lents pas toujours pareils. « Il faut s’imprégner d’un rythme, le suivre et arrêter le moins souvent possible » m’avait-il dit. Quand même, à ce rythme là allions- nous nous rendre au sommet avant le lever du jour? Nous avons marché environ une heure trente avant d’arriver au glacier. La lune était tellement forte que la frontale n’a pas été utile. Trois éléments impressionnants durant cette première phase : La vue du Chimbrorazo avec son sommet enneigé que l’on voyait comme s’il faisait jour; le cri des vicuñas (sortes d’antilopes dans la famille des lamas et des alpacas vivant à plus de 4000m) semblables à celui d’oiseaux; et finalement la beauté du ciel (Orion, la Grande Ourse à l’envers et mieux encore, la Croix du Sud).

Arrivés au glacier, j’étais encore plus impressionné. Rodrigo et son assurance m’ont beaucoup aidé à garder le calme qui m’a permis par la suite de savourer chacun des instants jusqu’au sommet de cette montagne. Il fallait mettre les crampons et s’attacher lui et moi. Une dernière revue des quelques techniques requises en cas de chute sur le glacier (l’usage du piolet pour ne pas glisser) et nous voilà sur la glace. Durant plus d’une heure nous avons conservé notre rythme plantant bien un pied après l’autre, contournant une crevasse ici, crispant tous les muscles parfois lorsque la glace craquait sous nos pieds. L’angle de la pente du glacier n’était pas si abrupte (bien qu’à quelques reprises il fallait poser les mains pour maintenir l’équilibre), mais une heure plus loin lorsque je regardais derrière, j’étais heureux d’être lié par cette corde à un des meilleurs alpinistes de l’Équateur (Rodrido m’a dit plus tard qu’il était allé près de 80 fois au sommet de cette montagne).

Une petite pause à la fin du glacier avant d’entreprendre le dernier droit, celui qui fut le plus difficile pour moi; le temps de boire de l’eau, de manger quelques amandes et de prendre quelques photos. L’escalade des derniers deux cent mètres se faisait sur une pente très abrupte couverte principalement de pierres mobiles. Rodrigo, six mètres devant mois devait être très prudent pour ne pas faire rouler ces pierres sur moi. Durant cette dernière demi-heure, j’ai touché à mes limites et vite compris que ma forme physique n’était pas celle de Rodrigo. Ce dernier dépassement m’a par contre permis d’apprécier davantage la joie d’atteindre le sommet.

Y a pas de mots pour décrire la magie et la grandeur de ces instants que j’ai passés au sommet de ce volcan (5020m). Quelques photos et quelques minutes de vidéo pourront bien sûr évoquer en partie la beauté de ce que je voyais. J’espère un jour vous les montrer. Voici ce qui m’a le plus impressionné : d’abord la certitude que le sommet des volcans constitue une drogue, j’en suis certain après avoir entendu ce cri de joie qu’a laissé sortir Rodrigo dès qu’il a atteint le sommet; je me rappellerai aussi toujours cette accolade complice que nous avons faite, lui et moi, quand j’ai atteint le sommet quelques secondes après lui; quelle chance, le soleil se levait pour nous allumant le glacier du Chimborazo auquel nous faisions face, nous étions à près d’un kilomètre du point sur terre le plus rapproché du soleil (à 6310m de par sa proximité de la ligne de l’équateur); ce plancher de nuages roses (tel qu’on les voit en avion) et le Cotopaxi dont on voyait clairement la cime (la cumbre) à plus de cent kilomètres; et finalement, le Tungurahua qu’on ne pouvait voir parce qu’il était à l’est ébloui par le soleil, mais qui nous a fait entendre le bruit de son ventre en éruption tel le tonnerre au loin.

Impossible dans ce silence de toucher à la beauté du monde et de ne pas penser à ceux qui nous sont proches, ma petite famille qui m’a suivi non sans difficulté dans cette expédition un peu périlleuse, à Geneviève surtout, qui m’a permis d’aller au bout de ce rêve. À mes parents aussi. Merci. Grâce à un poste-radio, nous avons appelé le campement vers six heures pour les rassurer et leur faire partager notre joie. Difficile aussi de ne pas se poser de questions sur la création de cette beauté, sur sa perfection vue de là-haut. Suivant les conseils d’André, j’en ai profité pour saluer le gars d’en haut avant de redescendre. J’avais deux questions pour lui. Et si tout pouvait être aussi beau, juste et équilibré à hauteur d’homme. Pourquoi notre planète ne pourrait-elle pas tourner moins vite dans le sens où elle court à sa perte? Repenser sa course…

Nous sommes redescendus en moins de deux heures, Rodrigo gambadant loin devant et moi, disons, savourant mes derniers pas. Vers 8 heures nous étions donc avec les autres qui se réchauffaient dans la cuisine-tente et qui nous acclamèrent à notre vue tout en haut, aidés de l’écho des montagnes. La gloire, quoi!!!

La deuxième journée de marche fut plus facile pour tous (sauf pour moi qui ai dû passer Mathilde au dos de Geneviève à quelques reprises). Les enfants étaient joyeux. Notre longue marche était principalement en descente dans une vallée dont la beauté a peu d’égale. Nous sommes arrivés bien en avance sur l’horaire, le temps d’étirer notre lunch et de laisser à certaines personnes, le bonheur de dormir sur l’herbe. Victor se bataillait avec Fabian. Tout le monde aussi heureux que fatigué. Juste avant de m’endormir j’ai pensé à cette phrase de Prévert (je crois) « Dépêchez-vous de déjeuner sur l’herbe, un jour l’herbe déjeunera sur vous ».

Rentrés à Urbina vers 15 heures, Rodrigo a insisté pour présenter aux enfants un de ses vieux rêves qui va se réaliser sous peu (il a déjà un site Web et des commandites): mettre en vie Condorman et sensibiliser ses compatriotes à l’environnement. Il a créé avec des amis ce super héro illustré avec ses alliés les animaux, les arbres, etc. et ses ennemis, la pollution, la désertification, l’ignorance… Son projet consiste à partir avec une troupe de théâtre, des marionnettes et à raconter dans plus de soixante villes et villages l’histoire de Condorman. Pour ajouter du piquant (et attirer l’attention des médias), ce fou sympathique et deux copains feront le trajet à la course ainsi que l’ascension des six plus hautes montagnes du pays. Le tout en trois mois.

Quel personnage! Ah oui, il partait le lendemain avec son neveu grimper le sommet du Chimborazo, pour la 33e fois.

Adios amigo loco y gracias… Fuimos a la cumbre del Carihuarazo!!!

Yves (et Geneviève)

Une nuit de Noël

Partis de l’appartement le 23 au matin, les valises chargées de petits cadeaux préparés par chacun, on se rend en visite éclair chez le gastro pour le bedon de Genou, puis à une boutique de vêtements pour les enfants et le plus grand, et une dernière visite chez nos amis, Thomas et sa famille, leur offrir le pain de Noël, pan de Pascuales, ainsi que nos meilleurs vœux. Excités et emballés, tout comme nos cadeaux, on poursuit sur la route des volcans, bien visibles en cette journée splendide, vers notre petit Noël à nous que nous passerons dans une Hacienda de près de 400 ans d’histoire et de souvenirs, à Latacunga au nord de Riobamba et au sud de Quito. Sur cette route de partout des gens, petits et grands, forment comme un long cortège. Ils attendent le bras tendu vers les autos qui passent en criant « Navidad, regalo por la Navidad ». On se sent soudainement timide de notre joie bien nantie de fêter Noël, bien au chaud et bien nourris. Passer Noël le bras tendu! Quelle peine! On fait tout de même apparaître des sourires sur ces visages colorés quand à notre tour on tend la main vers eux.

L’Hacienda nous offre une magnifique chambre avec foyer, le but d’ailleurs de ce choix car le Père Noël … L’ambiance est à la fête et tout n’est que beau, les décorations dans ces grands salons, dans la petite chapelle, dans les salles à manger, de quoi faire oublier notre nostalgie d’être loin des nôtres, surtout pour les enfants. Nous sommes invités à partager une petite cérémonie à la chapelle, seuls les employés y sont réunis. Chaleureusement accueillis malgré notre incertitude d’y être vraiment à notre place, on nous passe des bougies qui illuminent les chants, les messages d’amour et de partage ainsi que les quatre visages de nos enfants éblouis et heureux. Par la suite, sur le sol de pierres, elles sont collées un peu par tout, et l’image qui s’en dégage est simple, pure et puissante. Les gens sont si gentils, les enfants et leur dynamisme ne les a pas gênés au contraire, ils nous en sont reconnaissants. Suivra un vin chaud et des beignets, dans le salon principal. L’énorme foyer orné de lumières scintillantes réchauffe tout le petit monde.

A l’extérieur, c’est au tour du volcan Cotopaxi de nous gâter par cette lumière rose et jaunâtre qui illumine ses neiges éternelles. Magnifique! Les llamas viennent nous saluer et même gruger les culottes d’Yves alors qu’il était si concentré à immortaliser sa petite famille dans ce décor enchanteur. De retour vers notre chambre, une dame et ses filles vendent des peintures sur des toiles de peau de moutons. Elle nous raconte les légendes qui s’en dégagent. C’est son mari, son fils et elle aussi qui les ont peintes. On tombe en amour avec une trilogie où condor, chaman, villageois et montagnes y dansent.

Et ultime merveille pour les enfants, Il a passé! Les cadeaux sont là qui les appellent. Quels joyeux souvenirs de bonheur, de complicité et de candeur. Un souper à la truite, aux chandelles et aux sons des chants andins a poursuivi la fête. Et comme dessert une troupe folklorique costumée anime les touristes sous leurs rythmes contagieux dehors où des feux dans des brouettes cerclent le tout. Mathilde s’endort dans les bras de papa tandis que les trois autres ne veulent mettre fin à cette journée mémorable et bien inscrite dans leur petite valise de vie. La nuit de Noël au coin du feu dans notre chambre nous aura aussi enveloppés de toute sa douceur et de ses espérances.

Joyeux Noël à tous!

G. & cie

Une escale à Guayaquil

A la mi- décembre un séjour impromptu s’organise dans la ville chaude, très chaude qu’est Guayaquil (38 degrés Celcius). Elle est toute belle et décorée pour la Navidad (Noël) quand on y arrive. Les gens sont affairés dans les rues et dans les centres d’achats (les même que les nôtres) pour leurs emplettes des fêtes. On en profite aussi pour gâter notre ribambelle, toute excitée de retrouver un monde de jouets dans des pseudos Toys r’us. Mais la principale raison de notre visite est de rencontrer les religieuses de Pascuales (Sœurs de la Miséricordes) où nous ferons un projet d’entraide durant les mois d’avril et de mai. Elles nous reçoivent comme de vraies « ma tantes ». Des abeilles ouvrières dans ce milieu de terre et de pauvreté. Avec leur amour et leur travail, elles protègent et aident les femmes du milieu ainsi que leurs enfants. Leur travail est remarquable. On vous en reparlera.

Il y a aussi les papiers à finaliser pour l’auto. Pour cela, Don Manuel est notre chef d’orchestre. Il nous guide comme bon équatorien (avocat en plus) dans les corridors les plus rapides pour l’obtention de ces papiers et permis. Malgré tous ces zigzags, on repart quand même sans les originaux, avec des photocopies et la promesse qu’ils nous parviendront par autobus à Riobamba d’ici quelques jours.

Notre départ de Guayaquil se fait tard le samedi après-midi, ce qui laisse le temps aux nuages et au brouillard de couvrir les montagnes et de rendre la visibilité nulle. Aucune ligne sur le pavé pour se guider. Yves, le cowboy dans sa Land Rover, saura, non sans quelques arrêts cardiaques, crispations des maxillaires et fermetures sporadiques des yeux lors des dépassements d’énormes camions dans les nuages, nous rendre à bon port.

Il fait bon revenir dans un chez soi, chez Isabelle!

Genou

Vivre à Riobamba

Riobamba compte quelques centaines de milliers d’habitants. Dans un appartement situé à l’étage d’une grosse bâtisse grise, durant le mois de décembre, six habitants de plus ont appris à la connaître. Provinciale, indépendante et principalement afférée au commerce qui l’anime et la fait vivre, Riobamba oublie chaque jour qu’elle est jolie. C’est vrai, si elle remontait ses cheveux et se mettait un peu de couleur sur les joues, cette ville ferait tourner la tête aux touristes les plus exigeants. Couronnée des plus beaux volcans du pays, se mouvant en permanence dans un climat de fin de printemps, Riobamba nous a séduits.

Nous avions un grand appartement avec une grande terrasse sur le toit. Les terrasses en Equateur servent très souvent d’espace pour faire la lessive. Avez-vous déjà lavé à la main? Au premier abord, rien d’excitant dans cette tâche. Puis le temps passe, on fait ces gestes répétitifs et on pense à rien d’utile. Chez Isabelle, lorsqu’on relevait la tête entre deux vêtements, on avait la chance d’admirer quatre ou cinq volcans selon le temps. On a passé beaucoup de temps avec les enfants. Mathilde et Victor en maillot les pieds dabs les flaques d’eau au sol. Florence qui épluchait ses grains de cacao qu’elle a sorti elle-même de leur cabosse. Il fallait qu’ils sèchent avant qu’on puisse en faire du chocolat. L’activité sur la terrasse d’Isabelle a inspiré à Marie une invention. En effet, elle a inventé (pour un projet d’école) un vélo stationnaire qui lave et sèche le linge… Pratique, dit-elle, pour les pays il n’y a pas d’électricité! Imaginez le pédalier du super vélo qui fait tourner sur elle-même une cuve à chargement frontal. Avec les vitesses, on peut laver à tous les cycles; du délicat au plus robuste. Une fois le linge bien lavé, on l’étend sur un support qui entoure le vélo, pour que l’invention puisse bien sécher les vêtements. En pédalant et en faisant tourner les roues auxquelles sont attachées des pales, un bon vent fera sécher le linge en un rien de temps. Il ne restera qu’à le plier.

Riobamba a aussi quelques travers dans sa personnalité. Premièrement, elle se lève trop tôt. De mauvaise humeur aussi. Vers six heures sonnent les premiers klaxons où les premières sirènes antivol des voitures (un jour on fera un top 10 des meilleurs et des pires attributs de ce pays magnifique, et chose certaine, cette épidémie de sirènes qui partent tout le temps pour rien sera sans doute au premier rang de notre palmarès noir). Avant que huit heures n’arrivent, le camion de vidange et le livreur de gaz propane ont aussi crié leur passage dans la rue avec chacun leur sirène pseudo musicale.

Les filles ont fait beaucoup d’école avec Geneviève, moi beaucoup de casse-tête (!!!) et de marches avec Victor et Mathilde. Il fallait mettre de l’ordre dans nos papiers, préparer un peu le voyage au Pérou en janvier et une expédition familiale en montagne, la venue de la visite et connaître les autres volontaires du CECI qui travaillent à Riobamba. On a aussi dû soigner presque toute la famille qui souffrait de maux de ventre causés par des parasites intestinaux. Rien de grave. Un médecin très crédible nous a dit de ne pas s’inquiéter; que si nous n’avions pas de ces parasites, nous n’étions probablement pas en Amérique du Sud, or nous y sommes depuis plus de deux mois. Il y a quand même eu les effets secondaires difficiles pour les deux plus petits de la famille. Une étoile à Victor qui a pris coup sur coup, sept jours d’antibiotique pour une infection intestinale et 8 jours d’un liquide aussi jaune fluo que mauvais pour éliminer ses petits amis(bes).

Ah oui! Virginia, la fille de Thomas (voir autre post) nous a fait la joie de garder les enfants une soirée. Ces derniers étaient tellement heureux (commande de pizza et de colas, jeux, vidéos, etc.) alors que nous passions ces premières heures sans eux, qu’on se demande qui d’eux, ou de Geneviève et moi avions le plus besoin de ce temps libre. Nous je crois. Bref, le temps d’un souper, avec Thomas et sa femme (qui ont aussi eu quatre enfants), nous avons échangé entre adultes sur l’Équateur, la famille, la vie. Quelle joie!

Merci Isabelle pour ton appartement. Pour ce chez-nous, chez-vous! Nous y avons laissé quelques valises, sans doute pour être certains d’y revenir.

Décembre 2004

Oui, on sait ce que vous pensez! Pas très généreux depuis le début du mois de décembre. Nous avions l’Internet, du temps et l’envie d’écrire. Aussi, plein de messages gentils disant que vous lisiez le récit de notre voyage, pourtant, peu de mots se sont rendus à cette adresse. Est-ce parce que nos habitudes de vie deviennent équatoriennes? Que l’ordinaire de nos journées devient moins frappant? Que les différences s’atténuent? Il faudra aller plus en profondeur chercher l’intérêt d’écrire. On s’efforcera… Promis.

Nos souvenirs du mois de décembre auront eu comme toile de fond les splendides volcans de l’Équateur. De ce mois, où nous avons dormi 17 jours dans le même lit (juste assez pour nous rappeler nos racines sédentaires), voici quelques tranches de vies dont les saveurs valent d’être partager :

- Vivre à Riobamba
- Le travail de Benigno
- Une escale à Guayaquil
- L’amitié de Thomas
- La nuit de Noël
- Un orteil dans la jungle
- Vers le Carihuaraizo

On tentera de vous les faire goûter dès que possible.

La famille en Equateur

10.12.04

Ça changerait ma vie... Posted by Hello

Si j’avais un char (suite et fin)

Ou Chronique du mort annoncée… (G.G. Marquèz)

Je reprends donc la saga au moment où notre voiture vient d’avoir une deuxième bouffée de chaleur à Bahia de Caraquez… Après nous avoir montré sa vraie personnalité de malade chronique, Bahia de Carrao (désormais son nom) nous forçait donc à faire un premier détour. Manta allait devoir attendre, il faut rentrer dans les terres à Portoviejo (capitale de la province du Manabi) pour comprendre la cause de ces chaleurs. Il est 12h30 et les enfants ont faim, très peu empathiques à la condition précaire de Bahia. Geneviève plonge rapidement le Lonely Planet, comme à chaque fois où nous approchons d’une nouvelle ville; où manger, où dormir, et cette fois où trouver un bon garagiste? Victor voulait un burger. Après tout, il n’y a pas qu’à Bahia qu’il faut faire plaisir. L’efficace co-pilote trouve heureusement les coordonnées d’un petit restos qui fait, semble t-il, les meilleurs burgers de Portoviejo.

Arrivée vers 13h30. Il fait chaud sur le trottoir où notre petite table obstrue le passage aux piétons. Entre le vendeur de loterie (eh oui!), qui s’est fait remarqué en crachant aux pieds de Geneviève et l’autre vendeur de chinoiseries, nous avalons des burgers qui s’avèrent à la hauteur de leur réputation. « Y a-t-il un maestro, ici à Potoviejo, qui connaisse les Land Rover ? ». Oui, selon notre restaurateur dont l’ami en possède un très vieux. Quelle chance quand même! Il s’appelle Andres et son atelier est tout près, juste à côte du cimetière (vous ais-je dit que les cimetières en Équateur sont toujours très propres, tout peints en blanc?), et il se spécialise dans les voitures importées.

À peine sommes nous arrivés dans le petit atelier, belle petite entreprise familiale, voilà que nos sauveurs lâchent tout et se mettent à plat ventre devant la grande malade. Après avoir décrypté mon récit, noté que l’air climatisé ne fonctionnait pas (on avait remarqué) et touché à deux ou trois parties de Bahia, Andres avec sa bonhomie et ses grands yeux bleus nous redonnent rapidement espoir. Rien de grave, un épisode de sa ménopause, sans plus nous dit-il. Il fait chaud sur la côte, Elle vient des montagnes où il fait froid. Ça explique en partie. Il me conseille donc de changer son thermostat dès notre retour à Quito. Ça ne presse pas semble t-il. Il ne faudra que quelques heures pour remplacer l’eau du radiateur par de l’antigel et pour injecter du fréon dans l’AC, ensuite tout sera beau. On pourra remonter dans la Sierra (les montagnes). La famille retrouve donc rapidement son sourire. On marche un peu dans le quartier et jase avec Andres et sa famille. Autre note rassurante, le moteur avaient commencé à émettre un drôle de son (une sorte de claquement) quand nous accélérions. Rien de grave encore. « Tu mets sans doute de l’essence Extra et non de la Super » devine t-il. « Voilà, change d’essence et ce son disparaîtra. Ici, l’essence Extra est pleine de poussière ». Avant de quitter, Andres monte avec nous pour un petit test. Tout va bien. Je lui remet ces 30 billets verts et nous voilà enfin repartis. Chido (cool), encore une heure avant la noirceur! Excités et naïfs, comme Don Quichote de la Mancha après une mésaventure, nous partons nous dormir à Manta, sans oublier de faire à Portoviejo en la quittant, un grand pied de nez.

La ville de Manta, une belle soirée, un bon souper dans un resto italien (le soir où Brigitte nous apprend sa venue) une nuit de sommeil et la mer nous font oublier les récents malheurs de Bahia. Elle a bien su faire sa place, se dit-on. Après tout, surpasser Mathilde n’est pas une mince affaire. Il fallait donc qu’elle en fasse beaucoup. Matinée agréable le lendemain; passage à Monte-Cristi, célèbre pour la fabrication de chapeaux tressés de pailles très fines. Trop beaux, on en achète quelques-uns, dont un pour François qui est la seule personne qu’on connaisse qui porte des chapeaux. Dommage il faut partir : Destination Latacunga et les volcans. L’air frais nous fera à tous le plus grand bien. Bahia semble en pleine forme (maintenant abreuvée à la Super), il le faut, on doit faire ce jour-là 6 heures de route et une ascension de plus de 3000m.

Vers les montagnes, la route repasse par Portoviejo, ce qui est de mauvais augure. Superstitieux, nous croisons tous nos doigts (60 quand même) et surveillons à 12 yeux l’aiguille de la température. Tout va bien jusqu’à Portoviejo. Et puis là, merde, au milieu de la première côte après la ville, de la fumée ressort de sous le capot. Nous, c’est par les oreilles que la boucane nous sort. Demi-tour. Il fait plus chaud que la veille quand on se pointe devant l’atelier d’Andres qui semble à moitié surpris de nous revoir. Tout aussi gentil, il revient constater lui même le problème. Au milieu de la même côte, même symptôme. Bahia commence vraiment à nous énerver! En redescendant, le maestro me dit d’arrêter chez des amis qui ont un atelier de réparation de radiateurs. Aussi gentils, ils laissent les tâches qu’ils faisaient et se penchent sur les cas de l’hystérique Bahia de Carrao! Il faut retirer le radiateur et le nettoyer. Il y a peut-être une fuite. « Combien de temps ? » 2 heures me répondent-ils (il faut entendre au moins quatre). « ¿ Y cuanto cuesta ? ». 10 piastres disent-ils. « Pas le choix ». On croyait à ce moment là avoir touché le fond du baril. Deuxième dîner forcé à Portoviejo en deux jours, et ce, sous la même chaleur lourde et grise.

Geneviève m’impressionnera toujours par cette force qu’elle a reçue de sa mère. Imaginez la scène… Il est 11h30, et à 20 mètres de l’atelier de radiateur se trouve un petit resto de comida typica. La seule table sur le trottoir est libre. La mère enseignante installe calmement Marie et Florence pour y faire l’école avant de dîner, avec les cahiers et tout! Pendant que Victor et moi regardons les trois gars sortir le radiateur encore chaud, Mathilde est dans la voiture et joue avec quelques « playmobils ». Ah oui! L’atelier, c’est le trottoir. La rue est très passante. Les gars travaillent bien, mais le sol est couvert d’huile et de vielles pièces de radiateurs. Un des gars est en train de souder, l’autre tape avec un marteau sur un vieux radiateur de camion. Entre ces deux commerces, un autre où l’on vend des boissons gazeuses des bonbons. Le vieux et la vielle qui l’exploitent s’attablent sur le même trottoir et commencent à manger, en écoutant la télé. Plus fort que le son de leur télé, celui de leur sapin de noël (mi-novembre). Vous savez le même « Vive le vent » qui sort des cartes musicales qu’on achète chez Jean-Coutu.

« Moman, moman, ton fils passe un mauvais moment ».Valait mieux en rire…

Après les quatre heures anticipées, nous repartons, cette fois là, avec un optimisme prudent. Il y avait un trou dans le radiateur. Ici, nous commençons à comprendre un trait de caractère de nombreux travailleurs équatoriens; celui qui consiste à dire à son interlocuteur le minimum (ou ce qu’il veut entendre) pour qu’il parte content et ne nous achale plus. En route vers Quevedo (pas questions de rester à Portoviejo) les enfants s’endorment épuisés. Les paysages changent rapidement. On monte, on monte… Bahia ne fait plus de fièvre. Elle fait cependant de nouveaux bruits inquiétants dont on ne comprendra la cause que plus tard. Pour l’instant, Geneviève et moi faisons semblant de ne pas les entendre. La fraîcheur nous fait du bien. Nous arrivons enfin à Quevedo, avec la noirceur.

Je ne vous raconte pas tout le chapitre qui s’est déroulé dans cette ville. Ça devient sans doute trop long pour le lecteur. Seulement quelques points pour vous dire que l’hôtel Olympico possède une magnifique piscine de dimension olympique (!) et des glissages d’eau qui ont fait le bonheur des enfants. J’ajouterai quelques mots pour illustrer ce chapitre sauté : pertes d’huiles importantes, deux pistons hors d’usage, quelques bougies pleines d’huiles et un contrôle policier. Bahia en est à ses derniers milles! Nous en sommes presque certains. Le maestro de Quevedo est affirmatif. Elle ne fera pas le voyage jusqu’à Quito. Notre seule alternative est donc d’aller vers Guayaquil à trois heures de route au sud vers la côte (sans la moindre montagne à franchir).

En boucanant (pauvre planète), nous avons donc mis quatre heures (nous devions rouler à 70 km/h maximum) et deux pintes d’huile pour se rendre jusqu’à la plus grande ville du pays. En arrivant au garage Land Rover, juste avant la fermeture du jeudi soir, un gars nommé Victor a tout juste eu le temps d’ouvrir le capot et d’écouter avant de confirmer froidement que Bahia était très mal en point. Rendez-vous demain à 8h à l’urgence. C’est quand même avec elle que nous sommes tous partis chercher une chambre dans cette ville, qui pourrait être New-York si l’Équateur se trouvait aux États-Unis; par sa densité, ses avenues larges de six ou sept voies, autant de taxis, de bruits, d’odeurs, de complexité. Ce soir-là, nous avons acheté la paix au Grand Hotel de Guayaquil pour un séjour d’une durée indéterminée.

Ici (enfin diront certains) se termine donc l’histoire de Bahia… Le lendemain matin, vers huit heures, Victor et moi avons conduit Bahia, très malade, jusqu’à l’hôpital pour Land Rover. Une dernière bataille dans la circulation agressive de Guayaquil. Était-ce notre dernier bout de chemin ensemble? Qu’allions nous faire sans elle? Beaucoup de mots et plusieurs avis ont été échangés durant cette trop longue journée. Le dernier, celui qui a fait le plus mal, fut celui d’Hugo, un des rares garagistes que j’ai cru dans toutes cette histoire. Le moteur est à refaire au complet. L’ancien proprio a camouflé ce problème. Il savait que les jours de sa voiture étaient comptés. Il semble qu’en changeant une pièce entre les deux sections importante du moteur, on puisse maquiller temporairement une torsion ou une fuite. Sauf erreur, je crois que cette pièce s’appelle le joint de culasse. Bref, Hugo avec assurance, respect et empathie est resté avec moi et deux collègues jusqu’à 7h vendredi soir pour m’expliquer comment j’avais pu me retrouver dans cette situation; de l’inspection de la voiture, en passant par les épisodes de surchauffe, les pertes d’huile, les pistons qui lâchent jusqu’à la vision du cœur Bahia défait en pièces.

- Combien?
- Trop de milliers de dollars.
- Le temps?
- Trois ou quatre semaines (certaines pièces doivent arriver de Miami).

En revenant dans la noirceur du taxi, je dois avouer que j’étais tout à l’envers. Comment allions-nous nous sortir de cette situation? Le voyage commence plutôt mal me disais-je. Par chance, j’avais un p’tit bonhomme de cinq ans avec moi, qui lui, bizarrement était tout émerveillé. « Regarde Papa, regarde les trous. À travers le plancher on voit la rue. Tu vois les caillous !». C’était pourtant vrai. Deux immenses trous au plancher de ce vieux taxi rendaient mon fils heureux. Il les avait découvert en soulevant les tapis. J’ai alors serré Victor très fort dans mes bras pour deux raisons : la première pour me réconforter et pour le remercier de m’avoir accompagné au garage trois fois ce jour-là; mais surtout, en y repensant aujourd’hui, parce qu’il m’a fait voir à cet instant-là, par ces ouvertures anodines, une perspective joyeuse et simple de la vie. Il m’a candidement montré une vision différente de celle que nous connaissons trop: celle de la perfection et de la facilité. Une vision de laquelle ont voulait s’éloigner durant ce voyage.

Naturellement tout s’est arrangé. Le lundi suivant, après un week-end joyeux à découvrir Guayaquil et le parc du Malecon dont on reparlera, je suis retourné chez Land Rover, et aidé par Manuel Carriel (avocat dont on vous reparlera également dans un prochain post) nous avons négocié d’échanger Bahia et des dollars contre une nouvelle voiture (LR 98 verte) qui depuis plus d’un mois a fait l’ascension de plusieurs hautes montagnes en contribuant à notre bonheur.

Voilà! Je ne parle plus de voitures. Promis. Enfin j’espère…

Yves

8.12.04

Perchés dans la jungle

26 novembre 2004

Il est tôt. Ma marmaille dort encore, mais celle de l’extérieur dans cette jungle luxuriante piaille depuis plusieurs heures. C’est étonnant, grandiose! De partout des sons arrivent, des oiseaux fuient et le coq quelque peu enroué s’exclame. Derrière un léger brouillard, quelques vaches et veaux s’amènent. Tout n’est que vert. Vert et immense. Il pleut encore.

Notre oasis tout en bois est suspendu à plusieurs mètres du sol. Tel un immense balcon coiffé d’un toit de tôle, sous lequel reposent une cuisine, une salle à manger, deux immenses hamacs et un coin lecture. Seules les quatre chambres qui abritent plusieurs lits sont fermées. Le bois porte les empreintes de lames. Tout porte à la quiétude… et à l’écriture. Deux nouveaux sons s’amènent, mes deux M : Mathilde et Marie. Les hamacs les interceptent. Au balancement de ceux-ci, des chansonnettes s’ajoutent au concert!

Le voile du brouillard semble se lever peu à peu. Tels mes deux autres Florence et Victor qui viennent nous rejoindre et se pendre au garde-corps pour contempler ce spectacle de vaches, de vert, de la pluie et des oiseaux. Ça vaut mille émissions de télé. Quelle chance nous avons de se mêler de si proche à cette nature incroyable.

Une petit ruisseau serpente non loin et un étroit pont de bambou le traverse. Hier dans l’obscurité, chargés de nos bagages, de vivres et des enfants, nous l’avons d’ailleurs enjambé avec un peu de vertige. Il était 19h30 quand nous avons finalement trouvé l’endroit. Sarallama, l’oasis de Catherine et Fernando, du nom de leur fille cadette, en pleine forêt tropicale.

Après trois heures et demie de route de Quito, dont la moitié sur un chemin de terre, à croiser monts et rivières, nous étions emballés de découvrir cette jungle tant parlée. Toutefois une certaine nervosité s’installa en même temps que l’obscurité. En suivant le plan de Fernando, nous avons loupé une piste. La rivière parfois large et puissante nous accompagnait et se mêlait à une cacophonie incroyable de sons étranges d’oiseaux ou de bêtes. La route boueuse, quant à elle, offrait de plus en plus de longues herbes et d’énormes trous entremêlés de roches et de troncs de bambous. Nous éclairant de ses phares, notre nouvelle Bahia nous conduisait allègrement dans cette aventure. Auparavant, l’excitation de Marie d’avoir aperçu un morpho bleu parmi les oiseaux à dos jaunes et ceux orangés fut communicative. Le 4x4 chantait, riait, criait sur le chemin cahoteux. Déjà, les morphos n’étaient plus que lucioles. Nous avons donc rebroussé chemin dans tout le sens de ce terme et avons pris la fourche, le second chemin. Ouf, se fut le bon!

Angel et Jessica ronde de son 4e enfant qu’elle aura en février, sont venus au devant, accompagnés des chiens et de leurs enfants. Ils ont vite illuminé cette demeure impressionnante juchée à certainement quatre mètres du sol. Fatigués, affamés mais heureux de se trouver dans un univers si différent et magnifique, on s’est cuisiné un plat de riz avant d’aller tranquillement dormir sous des moustiquaires, dans une certaine humidité.


Voilà, mon amour qui se lève, et vient nous rejoindre à son tour, au même instant où Angel arrive avec un plat de petites bananes toutes jaunes. Il les a prises sur le terrain en revenant d’aller chercher le lait chez le voisin.

Fin de ma matinale et trop courte session écriture.