Je viens de parler avec Sr. Jessinda, directrice à Bangalore de l'école dans laquelle nous allons travailler quelques semaines dans le cadre du projet One Laptop Per Child (on vous en reparlera vous verrez). Le compte à rebours est commencé!
Inconfortable d'écrire ces premiers mots à propos de ce voyage. Une sorte de pudeur peut-être… Il me semble qu'ici, au Québec, y a pas le temps pour cela! Où est-ce parce que vous qui nous lirez êtes encore trop proches? La distance magnifie la perspective. Or, j'en manque actuellement.
Plus que quelques jours avant ce fameux départ. Le 3 février pour être précis. Certains d'entres-vous pourront donc enfin se reposer les oreilles et cesser d'entendre parler de cette idée d'un grand voyage en Inde par une famille qui en prend l'habitude.
Encore une fois, ma belle folle de blonde a réussi. On transporte la famille en Inde pour quelques mois. Question d'équilibre! Sans qu'on puisse l'expliquer encore, ce pays nous hante depuis plusieurs années. Pour la diversité qu'il nous apparaît offrir. Pour les contrastes avec nos vies et les vertiges qu'il nous procurera. Métaphore: si les voyages étaient des vins, avant d'y avoir mis les pieds, j'imagine l'Inde comme en grand bordeaux : Une robe unique, un nez complexe et probablement un goût très long en bouche. Ceci dit, je n'y connais rien en matière de vin.
Comme en 2004-2005, durant notre séjour en Amérique du Sud, on trouvera des trous dans le temps et des coins de lumière dans les chambres d'hôtel le soir quand les enfants seront couchés, pour cristalliser le plus d'histoires possibles dans ce blogue. Manière moderne d'enregistrer ces souvenirs qu'on souhaite se fabriquer. Façon aussi de vous dire (amis et parents qui lirez ces brèves impressions), que l’on connaît notre chance de pouvoir réaliser nos rêves, et qu'on vous souhaite d'oser vivre les vôtres. Des petits, des grands, qu'ils pendent au bout de votre nez, dans votre cours ou qu'il soient au bout du monde, libre à vous, allez-y. Si j'ai une certitude à propos des rêves, c'est qu'on est toujours plus libre qu'on le croit de les réaliser.
Il ne faut pas que je m'éternise à écrire. Certains m'ont dit que qu'avec ce genre de choses, vaut mieux le faire plus souvent quitte à y sacrifier du plaisir. Or bref, pour l'instant, c'est la course, car nous sommes loin d'être prêts. Quoi de neuf diront des méchantes langues. Mais loin d'être les visas, les vaccins, les sacs à dos où les réservations qui ne sont pas terminés, ce sont nos vies de familles, de collègues, d'écoliers et d'amis dans lesquelles il y a encore trop à faire pour partir l'esprit en paix. Mais quoi qu'on fasse, en embarquant dans l'avion, on aura c'est sûr l'impression de partir en voleur. En voleur du temps qui passe trop vite.
Pourquoi rêver quand il y a tant à faire? (quelqu'un a déjà chanté ça)
Y
Qui a l’habitude de voyager sait qu’il arrive toujours un moment où il faut partir. (Paolo Coelho)
28.1.09
19.1.09
Partir ...
Partir dans 15 jours ... Ça c'est bientôt vous ne trouver pas !
Dans ma tête il y a comme un compte à rebours et à chaque fois que je peux placer un mot sur l'inde, je le fait. Et oui, je suis EXTRÊMEMENT chanceuse de vivre des expériences aussi incroyables alors que je n'ai que quinze ans. La vie est merveilleuse... c'est mon slogan de l'heure!
Pourquoi j'ai hâte de partir? Bonne question! Partir pour vivre d'autres aventures qui m'ouvriront encore plus les yeux, pour quitter mon quotidien durant quelques mois, pour profiter de la vie, pour aider des gens (surtout des enfants), pour connaître le monde, pour m'acheter de supers beaux bijoux et de supers beaux foulards (vous savez tous combien j'aime les foulards), pour rencontrer des gens différents et intéressants, pour manger de la bonne bouffe, pour parler mieux anglais (ou encore mieux, apprendre l'Indi)
Ce sont toutes ces petites (ou grandes) raisons qui font que j'ai hâte de partir!
Ai-je bien répondue à la question? J'espère!
Marie-Laure
qui compte les jours
Dans ma tête il y a comme un compte à rebours et à chaque fois que je peux placer un mot sur l'inde, je le fait. Et oui, je suis EXTRÊMEMENT chanceuse de vivre des expériences aussi incroyables alors que je n'ai que quinze ans. La vie est merveilleuse... c'est mon slogan de l'heure!
Pourquoi j'ai hâte de partir? Bonne question! Partir pour vivre d'autres aventures qui m'ouvriront encore plus les yeux, pour quitter mon quotidien durant quelques mois, pour profiter de la vie, pour aider des gens (surtout des enfants), pour connaître le monde, pour m'acheter de supers beaux bijoux et de supers beaux foulards (vous savez tous combien j'aime les foulards), pour rencontrer des gens différents et intéressants, pour manger de la bonne bouffe, pour parler mieux anglais (ou encore mieux, apprendre l'Indi)
Ce sont toutes ces petites (ou grandes) raisons qui font que j'ai hâte de partir!
Ai-je bien répondue à la question? J'espère!
Marie-Laure
qui compte les jours
15.6.05
El tema del maté
C’est en Argentine qu’on sera initié au sympathique maté. « El tema » est l’expression la plus courante ici. A chaque tournant de phrase on l’entend. On pourrait le comparer avec « le fait est que ». D’ailleurs la langue parlée est quelque peu différente. L’accent des argentins ajoute des ch partout et est plus chanté. C’est peut être dû à la pipette de leur fétiche thème du maté.
Bon j’y viens. De quoi s’agit-il? C’est une petite calebasse vide et séchée, ornée ou non, décorée de cuir ou d’alpaca (un métal ressemblant à de l’argent) pour les plus sophistiquées. Dans celle-ci de l’herbe appelée yerba maté, cultivée ici, un peu de sucre, de l’eau bouillante et une pipette en alpaca aussi, dont le bout ressemble à une petite passoire. Et voilà on aspire ce thé vert qui jaunit un peu les dents, mais on est heureux!
Déjà à Buenos Aires, nous sommes intrigués par cette mode. Tous se promènent maté en main et thermos sous le bras. On les surnomme d’ailleurs les sippeux de maté. Dans les guides touristiques, on raconte que si on a la chance de se faire offrir du maté en partageant la pipette c’est un signe d’amitié et de confiance. Une opportunité à ne pas manquer!
Ce sera donc à Embalse, petite ville rencontrée un peu tard sur notre route. On avait loué une voiture à Cordoba pour se rendre dans la région des vins fameux d’Argentine, à Mendoza. Toujours est-il, il est tard, nous trouvons un hôtel dans ce patelin et sortons pour y souper. Trois choix, trois restaurants dans la ville. On aura ouvert la porte du plus sympathique, par hasard. Des gens aimables nous accueillent. Le resto est vide, c’est dimanche soir et en saison morte. Par chance car avec notre gang, cela déplace beaucoup d’air. Les enfants dansent, crient, rient, pleurent, se chicanent tout enfin pour rendre des parents confus, mais pas ici! On danse plutôt avec eux.
On se lève pour la facture. Puis au comptoir, on se met à placoter, de leurs histoires et des nôtres, comme des amis. Et voilà qu’arrive le moment si attendu, l’invitation au maté! La chaleureuse Karina nous initie au rituel du maté, ponctué de ces fameux « el tema es que ».
Les enfants adorent, mais ici c’est réservé aux adultes. On se passe la calebasse et on continue à jaser. Soirée magique!
Dès le lendemain, au supermarché, les calebasses, les pipettes et la yerba sont achetées. On aura plaisir à se fondre à ce rituel datant des ancêtres indiens du Paraguay, d’Uruguay
et d’Argentine. Dans le nord du pays, dans la province de Misiones, cette coutume est encore plus pratiquée, car c’est là qu’est principalement cultivée la yerba maté. On la vend aromatisée, thérapeutique, organique avec ou sans paton, enfin pour tous les goûts. El tema es que tout le monde aime sipper son maté!
Bon j’y viens. De quoi s’agit-il? C’est une petite calebasse vide et séchée, ornée ou non, décorée de cuir ou d’alpaca (un métal ressemblant à de l’argent) pour les plus sophistiquées. Dans celle-ci de l’herbe appelée yerba maté, cultivée ici, un peu de sucre, de l’eau bouillante et une pipette en alpaca aussi, dont le bout ressemble à une petite passoire. Et voilà on aspire ce thé vert qui jaunit un peu les dents, mais on est heureux!
Déjà à Buenos Aires, nous sommes intrigués par cette mode. Tous se promènent maté en main et thermos sous le bras. On les surnomme d’ailleurs les sippeux de maté. Dans les guides touristiques, on raconte que si on a la chance de se faire offrir du maté en partageant la pipette c’est un signe d’amitié et de confiance. Une opportunité à ne pas manquer!
Ce sera donc à Embalse, petite ville rencontrée un peu tard sur notre route. On avait loué une voiture à Cordoba pour se rendre dans la région des vins fameux d’Argentine, à Mendoza. Toujours est-il, il est tard, nous trouvons un hôtel dans ce patelin et sortons pour y souper. Trois choix, trois restaurants dans la ville. On aura ouvert la porte du plus sympathique, par hasard. Des gens aimables nous accueillent. Le resto est vide, c’est dimanche soir et en saison morte. Par chance car avec notre gang, cela déplace beaucoup d’air. Les enfants dansent, crient, rient, pleurent, se chicanent tout enfin pour rendre des parents confus, mais pas ici! On danse plutôt avec eux.
On se lève pour la facture. Puis au comptoir, on se met à placoter, de leurs histoires et des nôtres, comme des amis. Et voilà qu’arrive le moment si attendu, l’invitation au maté! La chaleureuse Karina nous initie au rituel du maté, ponctué de ces fameux « el tema es que ».
Les enfants adorent, mais ici c’est réservé aux adultes. On se passe la calebasse et on continue à jaser. Soirée magique!
Dès le lendemain, au supermarché, les calebasses, les pipettes et la yerba sont achetées. On aura plaisir à se fondre à ce rituel datant des ancêtres indiens du Paraguay, d’Uruguay
et d’Argentine. Dans le nord du pays, dans la province de Misiones, cette coutume est encore plus pratiquée, car c’est là qu’est principalement cultivée la yerba maté. On la vend aromatisée, thérapeutique, organique avec ou sans paton, enfin pour tous les goûts. El tema es que tout le monde aime sipper son maté!
5.6.05
Buenos Aires
Mathilde sur la place du Congrès 

De Puerto Iguazu
Par hasard, c’est à trois portes du grand café Tortoni que nous a laissés le chauffeur de taxi. En fait, c’est nous qui l’avons laissé poliment quelque part au centre ville ne pouvant plus l’endurer C’était un de ses chauffeurs qui vous emmène partout, sauf là où vous souhaitez aller. Il connaissait, disait-il, des hôtels pour nous (devinez un grosse gang)…Toujours est-il que la chance nous ouvrait les portes du Gran Hotel Hispano, sur la digne Avenida de Mayo. On allait y passer presque deux semaines et profiter de sa situation idéale dans le Grand Buenos Aires. C’est un dimanche après-midi d’automne, tout gris. Il doit faire entre 10 et 15 degrés. La nuit a été longue, on dormira jusqu’à sept heures pm.
Bien réveillés on part souper, goûter à notre première « parilla » argentine. La viande ici, principalement celle du boeuf est à l’honneur. Pas trop loin, après avoir traversé la célèbre avenue « 9e de Julio », la plus large au monde (20 voies), on trouve celle suggérée par l’hôtel. Dans la vitrine, le feu vif qui grille les bêtes en spectacle. La chaleur et les décors de Gauchos (cowboys argentins) nous convainquent. On y a eu droit à nos premières surprises culinaires. Un petit vin de Xérès en apéro, les légumes qui nous ont tant manqué depuis 8 mois, des viandes si tendres et goûteuses, de grands vins… Ouf! C’était beaucoup pour un premier soir. Ajoutez à cela une facture surprenante par son prix si bas (moins de 30usd pour les six). Nous rentrons joyeux vers 10h30 heures ne sachant pas encore que cela allait devenir notre routine quotidienne dans ce pays. Avant 21 heures, ici les restaurants sont vides! Tous les soirs, on aura bien mangé à Buenos Aires. Souvent dans des parillas, mais aussi deux soirs magiques au café Tortoni (1856). Sur le modèle et avec la classe d’un grand café parisien, ce café qui aurait un peu le rythme de l’Express à Montréal, plein de fumée (les argentins fument comme des cheminées) et de bruits nous a tellement charmés. Sur les murs pleins de toiles de peintres inconnus, de photos de célébrités qui sont passées, comme nous, au Tortoni pour y manger un bon repas et voir le meilleur du Tango.
Le lendemain puis les jours qui ont suivis, ont eu des petits matins semblables; petit-déjeuner vers 9h30 aux croissants (medialunas) et au bon café, un peu d’école et puis le début de longues marches dans cette ville si belle. Parmi nos premiers plaisirs, celui de se retrouver incognitos dans les foules. Ici, on ne fait pas différents. Nous passons presque inaperçus. Enfin autant que puisse le faire une famille avec quatre enfants dans un pays occidental! L’architecture nous rappelle l’Europe avec surtout des influences espagnoles, italiennes et françaises. Déjà midi! Même si Victor n’est pas d’accord, avec ses « J’ai faim » qui sont devenus les deux mots les plus entendus du voyage, on ne dîne pas ici avant 14h de toutes façons. De petites rues étroites, pleines de personnes pressées. On appelle les habitants de Buenos Aires les Porteños. Tiens, on croise une manifestation qui tambours battants revendique la justice qui, parait-il, manque dans ce pays autrefois plein de promesses. Puis, on se trouve dans une grande place pour quelques minutes le temps que Mathilde essaie de filer des coups de pied aux pigeons. Devant la Casa Rosada (Palais présidentiel), on explique aux filles qu’ici, de ce balcon, Evita Perron a soulevé tant de patriotisme. Le temps est arrêté, le ciel est d’un bleu si pur et propre à l’automne ici. Le soleil du début de l’après-midi nous suggère d’enlever nos polars. Quelques coins plus loin, on perçoit les premiers sons d’un nouveau tango, quel bonheur que Buenos Aires danse toujours! On s’arrête pour voir un couple jeune de cœur, les yeux dans les yeux, gagner leur vie jambe en l’air à faire la joie des Porteños (pas seulement des touristes, il y en a très peu en mai).
Nos lunchs auront été tous aussi bons, sympathiques et économiques. Peu importe le café qu’on choisissait, les sandwichs, les tartes aux légumes, les salades auront plu au goût de six bouches biens différentes. On se sera souvent accrochés les pieds fatigués dans un café appelé la Brioche dorée situé derrière une magnifique librairie, profitant du temps à bouquiner, à écouter des disques, activités qu’on ne fait pas très souvent chez-nous.
Bien nourris et reposés, on dépose la tasse de l’expresso noir et on sort du café du jour. Les quartiers sont différents à chaque fois, selon que les taxis ou les métros (1910, vieux wagons en bois sur rails) nous aient laissés à la Recoleta, à Puerto Madero, à Boca, à Tigre ou à San Telmo. Nos après-midi auront tous été composés de longues marches remplies d’arrêts. Parmi les plus beaux, celui à Boca; quartier du vieux port fondé par des immigrants surtout italiens avec des murs et des toits de tôles où le tango se dansent encore dans les places publiques (Musée de Quinquela). Celui de le Recoleta aussi, où l’on s’est promené dans des grands parcs qui n’ont rien à envier au parc du Luxembourg ou à Central Park. Que dire aussi d’un après-midi du dimanche à l’opéra au grand Théâtre Colon (le plus beau et le plus vieux d’Amérique) pour entendre et voir Don Quijote de Massenet. Quelle chance nous avons eu de voir ce spectacle à portée d’enfants d’un balcon tout de velours! Ils ont adoré. Le snob international qui fréquente l’opéra aura bien un peu froncé les sourcils envers Mathilde et Victor, mais bon, ils ont été sages, selon nous et la majorité de nos voisins spectateurs. Quelques après-midi ont pris fin plus tôt que d’autres, leçons de tango obligeant. Eh oui, Geneviève et les filles ont fait leur premiers pas à l’académie nationale du tango (située au dessus du Tortoni). Marie et Florence n’avaient pas la grâce et le style de leur mère (c’est un peu difficile quand on regarde le ventre de son partenaire, et non ses yeux), mais elles auront appris avec joie les premiers mots de cette langue aux accents de charme qui se nomme le tango.
Voilà donc brièvement pourquoi Buenos Aires prendra sa place dans le haut des tops 10 de notre voyage. Ah oui! En terminant, on vous partage un secret; seulement à condition que vous ne le disiez jamais, ni aux enfants et ni à la DPJ (Direction de la protection de la jeunesse du Québec)! Je vous disais que notre hôtel était à trois portes du Tortoni. Et bien voilà, un soir juste avant minuit, Geneviève et moi sommes descendus clandestinement pour y voir un spectacle de tango savoureux; un des rares moments romantiques volé à la famille! Pendant deux heures, nos enfants chéris dormaient, on les a presque oubliés le temps de se sentir jeunes et libres; aussi complices qu’un couple de danseurs de tango inspirés par la musique du piano, de la contrebasse et de l’accordéon dans la fumée et les vapeurs du bon vin argentin.
Épisode terminé, c’est en bus q’on a quitté cette ville, nos batteries citadines bien chargées. Le bus quittant à 22h30 en direction de Cordoba. Un trajet d’une dizaine d’heures nous attendait. Les distances entre les villes sont immenses ici et les routes presque toujours monotones (près de 90% des argentins vivent dans des villes), freinant parfois notre enthousiasme face à tout voir! Il aura été difficile de faire des croix sur la Patagonie et la Terre de feu, à cause du froid, de la distance et des coûts. On allait donc se réveiller vers 7 heures le lendemain au centre du pays dans la plus vielle ville d’Argentine fondée au milieu du seizième siècle.


De Puerto Iguazu
Par hasard, c’est à trois portes du grand café Tortoni que nous a laissés le chauffeur de taxi. En fait, c’est nous qui l’avons laissé poliment quelque part au centre ville ne pouvant plus l’endurer C’était un de ses chauffeurs qui vous emmène partout, sauf là où vous souhaitez aller. Il connaissait, disait-il, des hôtels pour nous (devinez un grosse gang)…Toujours est-il que la chance nous ouvrait les portes du Gran Hotel Hispano, sur la digne Avenida de Mayo. On allait y passer presque deux semaines et profiter de sa situation idéale dans le Grand Buenos Aires. C’est un dimanche après-midi d’automne, tout gris. Il doit faire entre 10 et 15 degrés. La nuit a été longue, on dormira jusqu’à sept heures pm.
Bien réveillés on part souper, goûter à notre première « parilla » argentine. La viande ici, principalement celle du boeuf est à l’honneur. Pas trop loin, après avoir traversé la célèbre avenue « 9e de Julio », la plus large au monde (20 voies), on trouve celle suggérée par l’hôtel. Dans la vitrine, le feu vif qui grille les bêtes en spectacle. La chaleur et les décors de Gauchos (cowboys argentins) nous convainquent. On y a eu droit à nos premières surprises culinaires. Un petit vin de Xérès en apéro, les légumes qui nous ont tant manqué depuis 8 mois, des viandes si tendres et goûteuses, de grands vins… Ouf! C’était beaucoup pour un premier soir. Ajoutez à cela une facture surprenante par son prix si bas (moins de 30usd pour les six). Nous rentrons joyeux vers 10h30 heures ne sachant pas encore que cela allait devenir notre routine quotidienne dans ce pays. Avant 21 heures, ici les restaurants sont vides! Tous les soirs, on aura bien mangé à Buenos Aires. Souvent dans des parillas, mais aussi deux soirs magiques au café Tortoni (1856). Sur le modèle et avec la classe d’un grand café parisien, ce café qui aurait un peu le rythme de l’Express à Montréal, plein de fumée (les argentins fument comme des cheminées) et de bruits nous a tellement charmés. Sur les murs pleins de toiles de peintres inconnus, de photos de célébrités qui sont passées, comme nous, au Tortoni pour y manger un bon repas et voir le meilleur du Tango.
Le lendemain puis les jours qui ont suivis, ont eu des petits matins semblables; petit-déjeuner vers 9h30 aux croissants (medialunas) et au bon café, un peu d’école et puis le début de longues marches dans cette ville si belle. Parmi nos premiers plaisirs, celui de se retrouver incognitos dans les foules. Ici, on ne fait pas différents. Nous passons presque inaperçus. Enfin autant que puisse le faire une famille avec quatre enfants dans un pays occidental! L’architecture nous rappelle l’Europe avec surtout des influences espagnoles, italiennes et françaises. Déjà midi! Même si Victor n’est pas d’accord, avec ses « J’ai faim » qui sont devenus les deux mots les plus entendus du voyage, on ne dîne pas ici avant 14h de toutes façons. De petites rues étroites, pleines de personnes pressées. On appelle les habitants de Buenos Aires les Porteños. Tiens, on croise une manifestation qui tambours battants revendique la justice qui, parait-il, manque dans ce pays autrefois plein de promesses. Puis, on se trouve dans une grande place pour quelques minutes le temps que Mathilde essaie de filer des coups de pied aux pigeons. Devant la Casa Rosada (Palais présidentiel), on explique aux filles qu’ici, de ce balcon, Evita Perron a soulevé tant de patriotisme. Le temps est arrêté, le ciel est d’un bleu si pur et propre à l’automne ici. Le soleil du début de l’après-midi nous suggère d’enlever nos polars. Quelques coins plus loin, on perçoit les premiers sons d’un nouveau tango, quel bonheur que Buenos Aires danse toujours! On s’arrête pour voir un couple jeune de cœur, les yeux dans les yeux, gagner leur vie jambe en l’air à faire la joie des Porteños (pas seulement des touristes, il y en a très peu en mai).
Nos lunchs auront été tous aussi bons, sympathiques et économiques. Peu importe le café qu’on choisissait, les sandwichs, les tartes aux légumes, les salades auront plu au goût de six bouches biens différentes. On se sera souvent accrochés les pieds fatigués dans un café appelé la Brioche dorée situé derrière une magnifique librairie, profitant du temps à bouquiner, à écouter des disques, activités qu’on ne fait pas très souvent chez-nous.
Bien nourris et reposés, on dépose la tasse de l’expresso noir et on sort du café du jour. Les quartiers sont différents à chaque fois, selon que les taxis ou les métros (1910, vieux wagons en bois sur rails) nous aient laissés à la Recoleta, à Puerto Madero, à Boca, à Tigre ou à San Telmo. Nos après-midi auront tous été composés de longues marches remplies d’arrêts. Parmi les plus beaux, celui à Boca; quartier du vieux port fondé par des immigrants surtout italiens avec des murs et des toits de tôles où le tango se dansent encore dans les places publiques (Musée de Quinquela). Celui de le Recoleta aussi, où l’on s’est promené dans des grands parcs qui n’ont rien à envier au parc du Luxembourg ou à Central Park. Que dire aussi d’un après-midi du dimanche à l’opéra au grand Théâtre Colon (le plus beau et le plus vieux d’Amérique) pour entendre et voir Don Quijote de Massenet. Quelle chance nous avons eu de voir ce spectacle à portée d’enfants d’un balcon tout de velours! Ils ont adoré. Le snob international qui fréquente l’opéra aura bien un peu froncé les sourcils envers Mathilde et Victor, mais bon, ils ont été sages, selon nous et la majorité de nos voisins spectateurs. Quelques après-midi ont pris fin plus tôt que d’autres, leçons de tango obligeant. Eh oui, Geneviève et les filles ont fait leur premiers pas à l’académie nationale du tango (située au dessus du Tortoni). Marie et Florence n’avaient pas la grâce et le style de leur mère (c’est un peu difficile quand on regarde le ventre de son partenaire, et non ses yeux), mais elles auront appris avec joie les premiers mots de cette langue aux accents de charme qui se nomme le tango.
Voilà donc brièvement pourquoi Buenos Aires prendra sa place dans le haut des tops 10 de notre voyage. Ah oui! En terminant, on vous partage un secret; seulement à condition que vous ne le disiez jamais, ni aux enfants et ni à la DPJ (Direction de la protection de la jeunesse du Québec)! Je vous disais que notre hôtel était à trois portes du Tortoni. Et bien voilà, un soir juste avant minuit, Geneviève et moi sommes descendus clandestinement pour y voir un spectacle de tango savoureux; un des rares moments romantiques volé à la famille! Pendant deux heures, nos enfants chéris dormaient, on les a presque oubliés le temps de se sentir jeunes et libres; aussi complices qu’un couple de danseurs de tango inspirés par la musique du piano, de la contrebasse et de l’accordéon dans la fumée et les vapeurs du bon vin argentin.
Épisode terminé, c’est en bus q’on a quitté cette ville, nos batteries citadines bien chargées. Le bus quittant à 22h30 en direction de Cordoba. Un trajet d’une dizaine d’heures nous attendait. Les distances entre les villes sont immenses ici et les routes presque toujours monotones (près de 90% des argentins vivent dans des villes), freinant parfois notre enthousiasme face à tout voir! Il aura été difficile de faire des croix sur la Patagonie et la Terre de feu, à cause du froid, de la distance et des coûts. On allait donc se réveiller vers 7 heures le lendemain au centre du pays dans la plus vielle ville d’Argentine fondée au milieu du seizième siècle.
23.5.05
Cartes postales des Galapagos


On se les gardait pour le dessert; comme des profiteroles après un grand repas bien arrosé. Voilà, nous sommes donc au dessert de ce grand voyage au pays de l’Équateur, en train de savourer ce dernier plat…
Le dernier paradis
28 mai


Nous flottons sur la grande bleue! Sur le pacifique à 1000 kilomètres au large du continent, à la hauteur de l’Équateur. Cet après-midi nous poserons le pied, tout comme Charles Darwin, sur une première île de l’archipel des Galápagos. Notre bateau est grand et confortable; les enfants y ont trouvé leur compte (gentil équipage, grand resto, jeux, minuscule piscine). Il fait beau et chaud…
Nous revenons de l’île de Bartolomé, avons nagé avec nos premiers poissons multicolores et vu des dizaines d’otaries. De la pure magie pour émerveiller les enfants (petits et grands). Île volcanique aux paysages lunaires, avec la mer turquoise cela compose un curieux mélange …
Bonne nuit… Nous écrivons cette carte à la lumière d’un ciel si beau. La croix du Sud est bien en vue, tout comme Orion. Dernier coup d’œil aux tortues marines et aux lions de mer qui viennent danser sous les projecteurs du Legend. Il lèvera l’ancre sous peu pour bercer notre nuit durant huit heures jusqu’à Fernandina.
Le vent se lève…


Les jours qui suivent à bord…
Du 29 avril au 2 mai


Surpris par un banc d’une cinquantaine de dauphins, nous serons ce matin en retard pour le petit déjeuner… Chaque jour nous descendons deux fois sur des îles tellement différentes. Un zodiac nous transporte du bateau jusqu’à ce derniers paradis. On débarque sur ses plages, parfois noires, ocres ou de sable blanc. Les iguanes marins et les crabes rouges tapissent les côtes souvent de lave. Les fous à pattes bleues, les cormorans qui ne volent plus, le grand héron et plein d’autres espèces d’oiseaux y nichent…
Après une balade pour explorer un tunnel de lave ou des cratères tout juste endormis, nous sautons à l’eau. Là, devant nos masques défilent des poissons au bec jaune, aux nageoires rose et bleue ou à la queue fluo. Un pingouin vient de nous surprendre. « Tiens, cette tortue de mer est sur pellicule ».
Mathilde vient de s’endormir sur le pont, sous les étoiles, aux souffles des otaries.
Bonne nuit


Isabela
15 mai


13 Îles et 42 îlots forment l’archipel des Galapagos, Isabela est la plus grande. Nous y sommes pour une semaine à la charmante casa de Marita. Notre chambre donne sur une plage d’un sable aussi blanc que fin. Des palétuviers (mangroves) tracent des passages secrets pour les enfants. Des récifs de lave noire forment des piscines où Florence a enfin mis son masque. Les pélicans sont fidèles et saluent Mathilde chaque matin. Les vagues usent les journées de Victor sur sa planche à surf.
Nos journées sont pleines; entre la visite d’un lit où dorment les requins aux pointes blanches, la baignade au lagon bleu de Concha de Perla, la randonnée à cheval jusqu’au cratère du Cerro Negro (parmi les plus grands cratères au monde), la marche au quai du village pour assister au spectacle des otaries. Pas le temps de se reposer!
15 ans déjà. Ce soir on fête notre mariage avec des amis naufragés sur l’île des grands volcans…


Entre Isabela et Santa-Cruz : La peur…
10 mai


6h du matin, on prend des vagues de trois, quatre ou cinq mètres. En tout cas, trop grandes pour notre petit bateau. À bord pour 3 heures d’une traversée qu’on n’oubliera jamais! Mathilde souffre déjà du mal de mer. Elle n’est pas la seule, trois ou quatre autres passagers sont malades. La mer est dure. Marie pleure, tient ma main avec son angoisse. Nous sommes tous trempés jusqu’aux os. Heureusement, il ne fait pas froid. Florence et Victor se sont endormis comme pour se défendre contre la peur.
Un capitaine, deux équipiers, deux moteurs 75 forces contre la mer… Dire que ces marins montent chaque jour dans cette galère. Elle paraissait interminable, on en rit désormais. On comprend mieux la grandeur de la nature, de la mer et notre chance d’être sains et saufs.


Bahia de tortuga…
11 mai


Dernier jour sur les îles. Santa Cruz est de loin la plus développée; boutiques, restos et la station Charles Darwin qui protège les tortues géantes. Elles pèsent plus de 250kg et vivent au-delà de 200 ans! Nous marchons dans un sentier qui rappelle le décor enchanteur du Magicien d’Oz; des cactus géants, des lézards à gorge rouge, des vagues de lave saisie, des pierres colorées et des bruits d’oiseaux (merle moqueur, le canari, le pinson Darwin). « On voit la mer! »
La plage est vierge, sans fin… Un pique-nique dans les mangroves avec le spectacle de l’envolée des grands hérons, la pêche fructueuse des pélicans et la montée de la marée. Dernière baignade dans les vagues chaudes du Pacifique, sans vouloir sortir comme pour y étirer l’adieu à ce paradis des Galapagos!
Snif!

20.5.05
17.5.05
Buenos Aires
Holà!
Un tout petit mot pour vous dire que nous sommes dans cette magnifique ville de l'Argentine. Après une courte petite période d'ajustement, au décalage horaire (trois heures de moins qu'aux Galápagos), au froid (quand nous sommes arrivés, il faisait 11 degrés) et au changement de mode vie (très européen), nous voici les yeux et les sens grands ouverts...
Ne vous en faites pas, la beauté de Buenos Aires, de ses habitants, le goût de son café et de sa nourriture raffinée nous aident à s'acclimater.
On sent qu'on rentre un peu vers la maison...
la famille qui a quitté désormais l'équateur
Un tout petit mot pour vous dire que nous sommes dans cette magnifique ville de l'Argentine. Après une courte petite période d'ajustement, au décalage horaire (trois heures de moins qu'aux Galápagos), au froid (quand nous sommes arrivés, il faisait 11 degrés) et au changement de mode vie (très européen), nous voici les yeux et les sens grands ouverts...
Ne vous en faites pas, la beauté de Buenos Aires, de ses habitants, le goût de son café et de sa nourriture raffinée nous aident à s'acclimater.
On sent qu'on rentre un peu vers la maison...
la famille qui a quitté désormais l'équateur
11.5.05
Le début de la fin…
Santa Cruz, Galápagos
Cette longue halte à Guayaquil est donc terminée. Les soirées des dernières semaines dans cette ville auront à peine suffit à organiser la suite de notre aventure. L’organisation du voyage à Galápagos, d’où je vous écris maintenant, s’est faite sans trop de difficultés. La seule difficulté réelle fut celle d’accepter le coût d’une telle aventure pour six. On a eu beau avoir négocié très fort, réussit à payer le prix des nationaux, fait oublier quelques enfants malgré cela, la facture avait le goût de l’eau de la mer. Nous savons cependant que la chance que nous ayons d’y être n’a pas de prix.
Non, le plus compliqué dans toute cette préparation fut de décider la direction vers où aller terminer ce grand voyage. Allions-nous en profiter pour visiter le sud de l’Amérique Latine où encore remonter doucement en traversant l’Amérique centrale? On a plusieurs fois cru être certains et d’accord, avant de rechanger d’idée. Les deux avenues avaient des atouts importants. Nous sommes si près de l’Argentine et du Brésil, comment ne pas s’y rendre? Buenos Aires, le Tango, la Patagonie, les chutes d’Iguazu (les plus grande au monde), la Bossa Nova, l’amazone du Brésil. Bien sûr, l’hiver y commence, mais ce n’est pas un peu de fraîcheur qui nous arrêtera. Par contre, les distances sont immenses, comment ferons-nous sans voiture? Au nord, la voiture serait restée avec nous (je commençais à m’y attacher), au moins jusqu’au Mexique. Mon idée était de la ramener jusqu’au Canada; de mettre la voiture sur un bateau de Guayaquil jusqu’à Panama et par la suite traverser le Costa Rica, le Nicaragua, l’Honduras, le Guatemala jusqu’au Mexique (pour aller embrasser Jimena plus rapidement). Ce voyage aurait conservé les mêmes parfums culturels (civilisations anciennes), alors qu’au Sud, à Buenos Aires notamment, c’est un peu l’Europe, l’occident… On a bien essayé pourtant, j’ai pris contact avec des agents de douanes, des entreprises de transport maritime, des personnes qui ont déjà fait ce périple, avec des agents de transports Canada, pour me rendre compte, non sans déceptions, que d’importer une voiture qui n’est pas conforme aux normes américaines, que de traverser tout ces frontières, que d’accumuler tous ces coûts et ces kilomètres devenait franchement une mauvaise option. J’avais d’ailleurs déjà commencé à m’obstiner avec un fonctionnaire canadien sur l’interprétation d’une exception dans le règlement d’importation des voitures au Canada… On a pas besoin de cela en voyage!
C’est enfin décidé! Nous avons d’ailleurs vendu la voiture à six heures du soir la veille de quitter pour les Galápagos. Nous partons donc le 14 mai vers Buenos Aires sur un vol de nuit (Lan Chile), avec un arrêt à Santiago où il est possible que nous passions quelques jours. Geneviève voulait un cours de tango pour sa fête (1er juin)! La seule question qui demeure est en rapport au partenaire, serais-je celui qui lui cognera la tête et lui pilera sur les pieds, ou aura-t-elle la chance de côtoyer les gestes romantiques d’un séduisant argentin? C’est elle qui choisira! L’économie actuelle de l’Argentine est très favorable à ce voyage. La valeur du dollar face au Peso argentin est très élevée. Nous sommes tous excités à l’idée de s’approcher autant du Pôle sud. Nous voyagerons principalement en bus ou en train. Peut-être louerons-nous un voiture, ici et là, le moins possible. Après l’argentine où nous séjournerons environ un mois, nous remonterons vers le Brésil, en passant sans aucun doute par les chutes d’Iguazu. Nous verrons peut-être l’Amazone de ce côté. Voilà, si tout va bien, c’est probablement d’un vol en provenance de Sau Paulo (16 heures) que nous rentrerons à la maison. Les enfants ont tellement hâte!
La famille qui voudrait écrire plus souvent
Mil besos de Galápagos
lafamilleenequateur
Cette longue halte à Guayaquil est donc terminée. Les soirées des dernières semaines dans cette ville auront à peine suffit à organiser la suite de notre aventure. L’organisation du voyage à Galápagos, d’où je vous écris maintenant, s’est faite sans trop de difficultés. La seule difficulté réelle fut celle d’accepter le coût d’une telle aventure pour six. On a eu beau avoir négocié très fort, réussit à payer le prix des nationaux, fait oublier quelques enfants malgré cela, la facture avait le goût de l’eau de la mer. Nous savons cependant que la chance que nous ayons d’y être n’a pas de prix.
Non, le plus compliqué dans toute cette préparation fut de décider la direction vers où aller terminer ce grand voyage. Allions-nous en profiter pour visiter le sud de l’Amérique Latine où encore remonter doucement en traversant l’Amérique centrale? On a plusieurs fois cru être certains et d’accord, avant de rechanger d’idée. Les deux avenues avaient des atouts importants. Nous sommes si près de l’Argentine et du Brésil, comment ne pas s’y rendre? Buenos Aires, le Tango, la Patagonie, les chutes d’Iguazu (les plus grande au monde), la Bossa Nova, l’amazone du Brésil. Bien sûr, l’hiver y commence, mais ce n’est pas un peu de fraîcheur qui nous arrêtera. Par contre, les distances sont immenses, comment ferons-nous sans voiture? Au nord, la voiture serait restée avec nous (je commençais à m’y attacher), au moins jusqu’au Mexique. Mon idée était de la ramener jusqu’au Canada; de mettre la voiture sur un bateau de Guayaquil jusqu’à Panama et par la suite traverser le Costa Rica, le Nicaragua, l’Honduras, le Guatemala jusqu’au Mexique (pour aller embrasser Jimena plus rapidement). Ce voyage aurait conservé les mêmes parfums culturels (civilisations anciennes), alors qu’au Sud, à Buenos Aires notamment, c’est un peu l’Europe, l’occident… On a bien essayé pourtant, j’ai pris contact avec des agents de douanes, des entreprises de transport maritime, des personnes qui ont déjà fait ce périple, avec des agents de transports Canada, pour me rendre compte, non sans déceptions, que d’importer une voiture qui n’est pas conforme aux normes américaines, que de traverser tout ces frontières, que d’accumuler tous ces coûts et ces kilomètres devenait franchement une mauvaise option. J’avais d’ailleurs déjà commencé à m’obstiner avec un fonctionnaire canadien sur l’interprétation d’une exception dans le règlement d’importation des voitures au Canada… On a pas besoin de cela en voyage!
C’est enfin décidé! Nous avons d’ailleurs vendu la voiture à six heures du soir la veille de quitter pour les Galápagos. Nous partons donc le 14 mai vers Buenos Aires sur un vol de nuit (Lan Chile), avec un arrêt à Santiago où il est possible que nous passions quelques jours. Geneviève voulait un cours de tango pour sa fête (1er juin)! La seule question qui demeure est en rapport au partenaire, serais-je celui qui lui cognera la tête et lui pilera sur les pieds, ou aura-t-elle la chance de côtoyer les gestes romantiques d’un séduisant argentin? C’est elle qui choisira! L’économie actuelle de l’Argentine est très favorable à ce voyage. La valeur du dollar face au Peso argentin est très élevée. Nous sommes tous excités à l’idée de s’approcher autant du Pôle sud. Nous voyagerons principalement en bus ou en train. Peut-être louerons-nous un voiture, ici et là, le moins possible. Après l’argentine où nous séjournerons environ un mois, nous remonterons vers le Brésil, en passant sans aucun doute par les chutes d’Iguazu. Nous verrons peut-être l’Amazone de ce côté. Voilà, si tout va bien, c’est probablement d’un vol en provenance de Sau Paulo (16 heures) que nous rentrerons à la maison. Les enfants ont tellement hâte!
La famille qui voudrait écrire plus souvent
Mil besos de Galápagos
lafamilleenequateur
Un peu d’avril…
C’est grâce aux Sœurs de la miséricorde si nous avons aujourd’hui des visas de volontaires valides en Équateur. Sans ces papiers, il aurait été compliqué de séjourner dans ce pays pour plus de trois mois. En septembre dernier à Montréal, on s’était vu quelques fois, rue St-Hubert, le temps de se connaître un peu, de s’expliquer nos projets respectifs. Le leur est celui de quatre femmes un peu folles (aujourd’hui on peut le dire) et dans la soixantaine avancée qui ont décidé un bon matin, il y aura dix ans bientôt, d’occuper leur retraite et de fonder en Équateur, un centre pour femmes et une garderie; plus précisément à Pascuales dans un quartier pauvre de Guayaquil. Quant à nous, on cherchait à trouver une âme pour un grand voyage qu’on allait s’offrir… De Montréal, on s’était laissé sans promesse de part ou d’autre… A priori, ce n’était pas évident pour elles de penser accueillir une famille de six (dont quatre jeunes enfants) durant à peine deux mois et de penser que cela pouvait vraiment aider! De notre côté, nous avions de forts doutes sur la faisabilité d’une expérience de travail avec quatre accaparent petits rejetons dans les pattes. La dernière chose qu’on souhaitait, c’était de recréer le modèle où papa part au travail le matin, laissant à maman la charge familiale. On voulait bien que les filles fassent quelques mois d´école en Amérique latine, mais, était-ce vraiment réaliste? Comment allions-nous faire pour s’installer dans une ville aussi grande? Était-ce ce que nous cherchions? Quoiqu’il en soit, leur folie, couplée à la nôtre, nous a conduit dans coin du monde qu’on n’oubliera jamais.
Quelques mots d’abord sur Guayaquil, cette grosse bonne femme qui est toujours en sueur. Elle est brute et parle trop fort. Bien sûr, elle n’a plus la taille ni la beauté de sa jeunesse, c’est pourtant elle qui tient la maison et qui met le pain sur la table dans ce pays. Dans les montages et à Quito plus particulièrement, c’est la mal aimée! On dit qu’elle est vulgaire et inculte. Tiens, je me rappelle d’une formule qu’avait employée Foglia, il y a longtemps, dans une chronique pour exprimer toute la condescendance des habitants du nord de l’Italie envers ceux du sud, de la Sicile notamment : « Les italiens du sud ont le cul plus bas que leurs voisins du Nord » disait-il! Ici c’est pareil, les bons créoles habitant la Sierra et les nobles indiens au Poncho sur leurs montagnes (même les agences de coopération internationale) regardent de bien haut ceux qui transpirent sur la côte.
Guayaquil compte près de trois millions d’habitants. Elle est effectivement dangereuse et pleine d’injustices (près d’une centaine d’assauts à mains armées durant le mois d’avril) Heureusement, on y aura vécu deux mois dans le quartier de la Kennedy Norte sans grandes mésaventures, y vivant même un coup d’état qui n’était pas, celui-là, un poisson d’avril! On aura aussi eu le bonheur de s’enfuir à la mer quelques week-ends (Playa, Puerto Lopez, Alandaluz), de déjeuner souvent au délicieux café de l’hôtel Oro Verde, d’entendre un magnifique concert de guitare classique, de se voisiner avec des gens gentils, de passer de nombreuses heures au Malecon dans une des plus sympathique place publique au Monde. L’obligation aussi de transiger dans les rues avec les mille petits métiers; les vendeurs de cartes d’appel déguisés en personnel de F1, les vendeurs d’eau ou de limonade à vélo, les camelots, ceux qui doublent les clés, les autres qui vendent des agendas cette semaine alors qu’ils vendaient des tue-mouches la semaine dernière et finalement, le devoir de transiger avec ceux qui vendrait leur sort... Ah oui oubliais, la joie de célébrer avec les équatoriens trois victoires de leur équipe nationale contre le Brésil, le Pérou et le Paraguay, les rapprochant ainsi d’une participation si importante pour leur identité au Mondial 2006 en Allemagne. Par dessus tout, on aura pris le temps d’observer et de vraiment sentir le pouls d’un autre peuple.
Pascuales, elle, se lève tôt tous les matins. Il fait trop chaud pour y flâner au lit, trop chaud pour se lever d’ailleurs! Avril, c’est le fort mois de la pluie. Les rues et les terrains sont souvent inondés. C’est aussi la saison des grippes, du paludisme… Il y a eu cette saison plusieurs centaines de cas de dengue dont au moins une dizaine hémorragique (mortelle). On aura même eu peur pour notre grande Marie durant quelques jours. Fausse alerte heureusement!
C’est donc dans cette ville qu’on aura trouvé l’âme de notre voyage. Dans la marge d’un projet qu’on aura aidé à lancer; dans les rues qu’on aura marché pour y acheter ce qu’il fallait pour le projet (terre, bambous, outils, etc.), en traversant la vie de personnes qui ne l’ont pas facile. On aura eu la chance de pénétrer leur chez-soi en installant des jardins dans leur cour arrière, avec entre les jambes les poules, les chiens et les chats. De leur côté, les filles rapporteront aussi de précieux souvenir de l’école de ce village. Elles y seront entrées un peu à reculons au début. Mais, il fallait les voir danser le jour du départ durant la petite fête, organisée par leur enseignante en leur honneur, pour se rendre compte qu’on venait de réussir un volet important de notre voyage. Il n’y avait pas que les petites latino-américaines qui pleuraient à l’idée de se séparer peut-être pour toujours. Durant cette période, Victor et Mathilde auront également été aimés et dorlotés par des femmes aussi différentes et généreuses. Quels souvenirs conserveront-ils de ce passage en terre étrangère? On dit que l’odorat a une longue mémoire; leur petit nez, qui le plus souvent coulait, aura fouillé dans les coins les plus précieux.
Nous quitterons bientôt ce pays avec beaucoup de souvenirs heureux, avec un brin de tristesse aussi. Nous nous souviendrons d’un coin de terre d’une richesse et d’une diversité incroyable. Nous garderons encore trop de pourquoi quant aux causes de cette situation si difficile pour ses habitants. Notre choix d’élire l’Équateur comme pays principal de notre aventure aura été heureux; son climat, sa taille saisissable, ses habitants généreux nous auront permis comprendre un peu mieux notre monde et nos frères qui y habitent.
Quelques mots d’abord sur Guayaquil, cette grosse bonne femme qui est toujours en sueur. Elle est brute et parle trop fort. Bien sûr, elle n’a plus la taille ni la beauté de sa jeunesse, c’est pourtant elle qui tient la maison et qui met le pain sur la table dans ce pays. Dans les montages et à Quito plus particulièrement, c’est la mal aimée! On dit qu’elle est vulgaire et inculte. Tiens, je me rappelle d’une formule qu’avait employée Foglia, il y a longtemps, dans une chronique pour exprimer toute la condescendance des habitants du nord de l’Italie envers ceux du sud, de la Sicile notamment : « Les italiens du sud ont le cul plus bas que leurs voisins du Nord » disait-il! Ici c’est pareil, les bons créoles habitant la Sierra et les nobles indiens au Poncho sur leurs montagnes (même les agences de coopération internationale) regardent de bien haut ceux qui transpirent sur la côte.
Guayaquil compte près de trois millions d’habitants. Elle est effectivement dangereuse et pleine d’injustices (près d’une centaine d’assauts à mains armées durant le mois d’avril) Heureusement, on y aura vécu deux mois dans le quartier de la Kennedy Norte sans grandes mésaventures, y vivant même un coup d’état qui n’était pas, celui-là, un poisson d’avril! On aura aussi eu le bonheur de s’enfuir à la mer quelques week-ends (Playa, Puerto Lopez, Alandaluz), de déjeuner souvent au délicieux café de l’hôtel Oro Verde, d’entendre un magnifique concert de guitare classique, de se voisiner avec des gens gentils, de passer de nombreuses heures au Malecon dans une des plus sympathique place publique au Monde. L’obligation aussi de transiger dans les rues avec les mille petits métiers; les vendeurs de cartes d’appel déguisés en personnel de F1, les vendeurs d’eau ou de limonade à vélo, les camelots, ceux qui doublent les clés, les autres qui vendent des agendas cette semaine alors qu’ils vendaient des tue-mouches la semaine dernière et finalement, le devoir de transiger avec ceux qui vendrait leur sort... Ah oui oubliais, la joie de célébrer avec les équatoriens trois victoires de leur équipe nationale contre le Brésil, le Pérou et le Paraguay, les rapprochant ainsi d’une participation si importante pour leur identité au Mondial 2006 en Allemagne. Par dessus tout, on aura pris le temps d’observer et de vraiment sentir le pouls d’un autre peuple.
Pascuales, elle, se lève tôt tous les matins. Il fait trop chaud pour y flâner au lit, trop chaud pour se lever d’ailleurs! Avril, c’est le fort mois de la pluie. Les rues et les terrains sont souvent inondés. C’est aussi la saison des grippes, du paludisme… Il y a eu cette saison plusieurs centaines de cas de dengue dont au moins une dizaine hémorragique (mortelle). On aura même eu peur pour notre grande Marie durant quelques jours. Fausse alerte heureusement!
C’est donc dans cette ville qu’on aura trouvé l’âme de notre voyage. Dans la marge d’un projet qu’on aura aidé à lancer; dans les rues qu’on aura marché pour y acheter ce qu’il fallait pour le projet (terre, bambous, outils, etc.), en traversant la vie de personnes qui ne l’ont pas facile. On aura eu la chance de pénétrer leur chez-soi en installant des jardins dans leur cour arrière, avec entre les jambes les poules, les chiens et les chats. De leur côté, les filles rapporteront aussi de précieux souvenir de l’école de ce village. Elles y seront entrées un peu à reculons au début. Mais, il fallait les voir danser le jour du départ durant la petite fête, organisée par leur enseignante en leur honneur, pour se rendre compte qu’on venait de réussir un volet important de notre voyage. Il n’y avait pas que les petites latino-américaines qui pleuraient à l’idée de se séparer peut-être pour toujours. Durant cette période, Victor et Mathilde auront également été aimés et dorlotés par des femmes aussi différentes et généreuses. Quels souvenirs conserveront-ils de ce passage en terre étrangère? On dit que l’odorat a une longue mémoire; leur petit nez, qui le plus souvent coulait, aura fouillé dans les coins les plus précieux.
Nous quitterons bientôt ce pays avec beaucoup de souvenirs heureux, avec un brin de tristesse aussi. Nous nous souviendrons d’un coin de terre d’une richesse et d’une diversité incroyable. Nous garderons encore trop de pourquoi quant aux causes de cette situation si difficile pour ses habitants. Notre choix d’élire l’Équateur comme pays principal de notre aventure aura été heureux; son climat, sa taille saisissable, ses habitants généreux nous auront permis comprendre un peu mieux notre monde et nos frères qui y habitent.
Passages d'avril
Tous les jours je vous parle et vous écris en pensée, vous racontant ce que l’on voit, entend et perçoit. Mais voilà bien peu se rend jusqu’à vous. Le temps! Ce fichu temps qui inhibe même et surtout nos bonnes intentions.
Quelques paragraphes pour vous parler de ce mois d’avril et pourtant, tant resterait à dire.
Première semaine d’avril
Ce fut une grosse semaine remplie d’émotions et de grosses gouttes de sueur. Ici on côtoie la chaleur, de 36 à 40 degrés, ensoleillé ou nuageux peu importe il fait toujours chaud! Seule la pluie réussit à influencer le thermomètre, alors on la célèbre quand elle vient. Mais pas partout car des inondations détruisent des demeures, des écoles, des villages, et des routes plus au nord (Manabi).
Lundi dernier, était jour d’entrée scolaire dans les villes côtières du pays. Tout comme chez nous, la frénésie de ce jour spécial animait enfants, parents et professeurs. Pascuales, la ville où nous travaillons avec les sœurs de la Miséricorde ne faisait pas exception. L’école San Juan Batista recevait ses petits et grands. L’accueil se faisait à l’extérieur dans la cour. Les enfants, tous en uniforme placés en rang et entourés des parents écoutaient respectueusement le mot d’entrée de la directrice, Senora Norma, même malgré la pluie, un évanouissement et les pleurs de Florence. Après le chant national, les enfants sont entrés dans leur petite classe sombre. Seule la peau et les cheveux pâles des deux petites canadiennes démarquaient des groupes uniformes. Elles portaient aussi le costume; chemise blanche et jupe à carreaux.
Le ciment fissuré, le toit de tôle à plusieurs endroits percés, le tableau défraîchi et les petits pupitres doubles en bois qui portaient les traces des anciens recevaient malgré tout joyeusement leurs protégés. D’un côté, le mur ajouré en guise de fenêtres où le bruit des véhicules de la rue éteignait la voix du professeur et des élèves qui tentaient de se présenter. Florence et Marie sur le même banc, dépassaient d’une tête ou deux les compagnes et compagnons de la classe de quatrième année. Rosa Maria, l’enseignante, une gentille dame menue et dynamique égayait les élèves par des chants et des jeux. Tous souriaient même Florence. Il était donc temps pour moi de les laisser entre bonnes mains.
Sur le petit chemin de terre, j’ai croisé Sœur Céline qui travaille au dispensaire avec une femme médecin, puis Robert le chauffeur et l’homme à tout faire du centre des femmes Madre Rosalia dans la camionnette rouge qui m’a emmenée au centre. On entendait encore les pleurs de Mathilde à la petite école. Tous les matins pourtant elle demande à voir ses amis. Mais une fois rendue elle aimerait reculer et rester blottie dans nos bras. Son petit chat gris et son biberon l’aident à traverser la porte. Les monitrices sont si gentilles. Elles la câlinent et la chouchoutent!
Victor lui rentre confiant et retrouve son groupe. Son copain à lui c’est Bryan qu’il a longtemps appelé « celui qui rit toujours » puis Piaya jusqu’à ce qu’on s’informe de la vraie identité du petit bonhomme aux sourires. A la maison, il chantonne souvent les chansons de la petite école et alors Mathilde le suit dans ce dialecte qu’eux seuls comprennent. Ils sont complices et rieurs.
Yves et moi, s’attablons avec Jacqueline et Wilma pour poursuivre la planification et toute la paperasse pour mettre en œuvre le projet de jardins en boîte. Elles aiment moins! Une fois dehors les deux mains dans la terre ou à scier le bambou elles sont rieuses et plus décontractes malgré la sueur qui transperce nos vêtements.
A côté du centre, on vient d`acquérir un petit terrain et une maisonnette de briques, ce qui deviendra le patio modèle. Vite tout se met en branle, la main d’œuvre ne manque pas, pour « reniper » ce lopin de terre piteux; trois camions de terre et de roches, clôture de bambou, jardins en boîte, semis, arbustes, peinture de la maison et décoration par des dessins d’enfants.
Le projet pilote est en branle. On ira installer les jardins dans les semaines prochaines, mais avant quelques rencontres sont fixées pour sensibiliser les femmes et donner l’information nécessaire.
Puis c’est le retour à la maison dans cette chaleur accablante. Après le dîner, l’école se poursuit cette fois en français. Ça fait de longues journées! Mais quand on n’est pas trop claqués, il y a un parc pas loin que les enfants aiment bien pour jouer au foot, pousser les balançoires, tenir les petits singes aux bras tendus aux échelles et profiter des fins de journées équatoriennes avec les autres parents et petits copains.
Seconde semaine d’avril
Semaine de haute fièvre pour tous les enfants Poiré-Bleau, un à la suite de l’autre. Déjà qu’il fait chaud, le thermomètre monte plus rapidement. Ici les fièvres ne sont pas prises à la légère surtout que de nombreux cas de dengue ont été rapportés dans la région ces dernières semaines. Le médecin de Pascuales a vu les enfants et des examens sanguins ont été faits, rien à signaler pour l’instant! Que deux plus petites journées sans école espagnole. Florence s’en réjouit malgré ses joues rouges et petits yeux vitreux.
Le virus a vite passé et les disputes entre frèrot et soeurettes ont vite repris! La vie de famille bien dynamique, quoi!
Et tout reprend son cours normal. Départ précipité de la maison tôt le matin avec les trop nombreux sacs et toutous. Puis on compte une demie heure pour se rendre à Pascuales croisant ces énormes centres d’achat chics et de bon goût, ces hauts édifices, ces chauffeurs dangereux, ces quêteurs et vendeurs au coin des rues, puis enfin la simplicité du pueblo de Pascuales nous ouvre son chemin de terre et les gens qui le bordent nous permettent de laisser sortir un dernier soupir de stress.
Toutefois la pauvreté des gens d’ici, leurs petites maisons de bambou nichées et leurs chemins inondés d’eau et de boue nous laissent pensifs, questionnés et si découragés pour eux. Tant d’injustices se côtoient à si peu de km de distance. C’est bien à Guayaquil qu’on l’aura le plus ressentie et perçue, cette injustice sociale. On comprend presque les gens de baisser les bras et d’attendre…
Le temps passe si vite… fin avril
Les quinze familles du projet pilote ont déjà leur jardin en bambou installé. C’est vraiment un procédé génial. En moins de quinze minutes, à quatre on montait la boîte de bambou déjà taillé à l’avance, qu’importe le lieu ; dans un poulailler (les poules étant gardées à l’extérieur), entre un palmier et un bananier, à travers les petites culottes et soutien-gorge de madame, et toute la brassée encore dégoulinante étalée sur de la broche), sur des briques et même dans de la merde à chien (Yves vous en parlera!). On a ainsi visité plusieurs quartiers de Pascuales. La pauvreté et le sourire des gens s’y mêlaient. Les rues boueuses, les vidanges étalées, les chiens partout et toutes ces joyeuses cordes à linge meublaient le décor de nos matinées.
De retour, les pinceaux devenaient alors mes outils de travail afin de réaliser les murales du patio modèle. Puis, assise avec les femmes, on remplissait de petits sacs pour les semis et on placotait. Plus on s’approche d’eux et plus on touche de près à leurs blessures et leurs cicatrices. Ainsi encore plus d’injustice, d’inégalité, de désespoir, de trahison et d’autres blessures m’étaient contés.
A l’école, Marie et Florence sont heureuses. Elles ont leurs copines qui les attendent pour sauter à la corde et leurs cahiers déjà bien remplis, n’ayant pas de livre tout doit être écrit.
Les petits aussi rentrent et s’amusent avec leurs copains et les maigres jouets effilochés. Ils chantonnent beaucoup. C’est joyeux de les voir à la queue leu leu, deux petits blonds dans un petit train tout noir grouillant de vie.
Et comme tout allait si bien, le temps du départ nous surprend tous. Les aurevoirs se font joyeux et tristes à la fois. Ma Marie entourée de cinq copines suspendues à elle pleuraient toutes comme des Madeleine. Florence si heureuse de son nouveau chandail de l’Équateur offert gentiment par la directrice se contente d’accolades amicales. Ils leurs ont fait une fête d’adieu. Tous dansaient avec la grosse chique de gomme à la bouche ou le suçon coloré. Garçons et filles sont vraiment doués à la danse. Ainsi les rires et les taquineries complices avaient devancé les larmes d’adieu.
A la petite garderie, les enfants ont fait une petite représentation de comptines et de chansonnettes. Des cartes, des câlins, des photos et tout plein de bisous humides.
Puis ce fut le grand repas d’adieu avec les religieuses et les employés. Sœur Jeannine nous avait concocté avec Cointa un formidable buffet aux accents québécois. Les enfants ont chanté "Andar con migo" de Julieta Venega, une mexicaine, même la Mathilde chantait! Puis se fut à notre tour de rendre notre petit discours espagnol après celui si chaleureux de Sœur jeannine. Puis ce fut un au revoir moins tristounet cette fois car on savait qu’on se reverrait après notre expédition des Galápagos.
Demeurait un étrange sentiment d’abandon. On laissait des gens, des amis dans des situations difficiles, dans toute cette vulnérabilité qui les habitait, dans toute cette injustice et ce désordre social … Un peu comme lors du départ brusqué du Rwanda, moins tragique bien sûr, mais avec la même impression de lâcheté et d’impuissance.
Les conditions difficiles de leur système d’éducation m’ont vraiment préoccupée durant ce séjour en Équateur. Tout en comprenant qu’il devrait être le cheval de bataille des prochains gouvernements, j’ai demandé à Sœur Jeannine s’il y avait un moyen d’aider dans ce sens. Elles organisent déjà un projet de parrainage scolaire, de la petite école à l’université. Elles ont une banque de nom de jeunes défavorisés qui sans bourse d’études ne peuvent aller à l’école. Il y a de ces projets humanitaires en qui l’on peut faire confiance, tout va directement à l’école, donc à l’enfant qui un jour deviendra grand et aura en main les atouts pour faire changer les choses. Je lui ai dit qu’on en parlerait à nos amis.
Quelques paragraphes pour vous parler de ce mois d’avril et pourtant, tant resterait à dire.
Première semaine d’avril
Ce fut une grosse semaine remplie d’émotions et de grosses gouttes de sueur. Ici on côtoie la chaleur, de 36 à 40 degrés, ensoleillé ou nuageux peu importe il fait toujours chaud! Seule la pluie réussit à influencer le thermomètre, alors on la célèbre quand elle vient. Mais pas partout car des inondations détruisent des demeures, des écoles, des villages, et des routes plus au nord (Manabi).
Lundi dernier, était jour d’entrée scolaire dans les villes côtières du pays. Tout comme chez nous, la frénésie de ce jour spécial animait enfants, parents et professeurs. Pascuales, la ville où nous travaillons avec les sœurs de la Miséricorde ne faisait pas exception. L’école San Juan Batista recevait ses petits et grands. L’accueil se faisait à l’extérieur dans la cour. Les enfants, tous en uniforme placés en rang et entourés des parents écoutaient respectueusement le mot d’entrée de la directrice, Senora Norma, même malgré la pluie, un évanouissement et les pleurs de Florence. Après le chant national, les enfants sont entrés dans leur petite classe sombre. Seule la peau et les cheveux pâles des deux petites canadiennes démarquaient des groupes uniformes. Elles portaient aussi le costume; chemise blanche et jupe à carreaux.
Le ciment fissuré, le toit de tôle à plusieurs endroits percés, le tableau défraîchi et les petits pupitres doubles en bois qui portaient les traces des anciens recevaient malgré tout joyeusement leurs protégés. D’un côté, le mur ajouré en guise de fenêtres où le bruit des véhicules de la rue éteignait la voix du professeur et des élèves qui tentaient de se présenter. Florence et Marie sur le même banc, dépassaient d’une tête ou deux les compagnes et compagnons de la classe de quatrième année. Rosa Maria, l’enseignante, une gentille dame menue et dynamique égayait les élèves par des chants et des jeux. Tous souriaient même Florence. Il était donc temps pour moi de les laisser entre bonnes mains.
Sur le petit chemin de terre, j’ai croisé Sœur Céline qui travaille au dispensaire avec une femme médecin, puis Robert le chauffeur et l’homme à tout faire du centre des femmes Madre Rosalia dans la camionnette rouge qui m’a emmenée au centre. On entendait encore les pleurs de Mathilde à la petite école. Tous les matins pourtant elle demande à voir ses amis. Mais une fois rendue elle aimerait reculer et rester blottie dans nos bras. Son petit chat gris et son biberon l’aident à traverser la porte. Les monitrices sont si gentilles. Elles la câlinent et la chouchoutent!
Victor lui rentre confiant et retrouve son groupe. Son copain à lui c’est Bryan qu’il a longtemps appelé « celui qui rit toujours » puis Piaya jusqu’à ce qu’on s’informe de la vraie identité du petit bonhomme aux sourires. A la maison, il chantonne souvent les chansons de la petite école et alors Mathilde le suit dans ce dialecte qu’eux seuls comprennent. Ils sont complices et rieurs.
Yves et moi, s’attablons avec Jacqueline et Wilma pour poursuivre la planification et toute la paperasse pour mettre en œuvre le projet de jardins en boîte. Elles aiment moins! Une fois dehors les deux mains dans la terre ou à scier le bambou elles sont rieuses et plus décontractes malgré la sueur qui transperce nos vêtements.
A côté du centre, on vient d`acquérir un petit terrain et une maisonnette de briques, ce qui deviendra le patio modèle. Vite tout se met en branle, la main d’œuvre ne manque pas, pour « reniper » ce lopin de terre piteux; trois camions de terre et de roches, clôture de bambou, jardins en boîte, semis, arbustes, peinture de la maison et décoration par des dessins d’enfants.
Le projet pilote est en branle. On ira installer les jardins dans les semaines prochaines, mais avant quelques rencontres sont fixées pour sensibiliser les femmes et donner l’information nécessaire.
Puis c’est le retour à la maison dans cette chaleur accablante. Après le dîner, l’école se poursuit cette fois en français. Ça fait de longues journées! Mais quand on n’est pas trop claqués, il y a un parc pas loin que les enfants aiment bien pour jouer au foot, pousser les balançoires, tenir les petits singes aux bras tendus aux échelles et profiter des fins de journées équatoriennes avec les autres parents et petits copains.
Seconde semaine d’avril
Semaine de haute fièvre pour tous les enfants Poiré-Bleau, un à la suite de l’autre. Déjà qu’il fait chaud, le thermomètre monte plus rapidement. Ici les fièvres ne sont pas prises à la légère surtout que de nombreux cas de dengue ont été rapportés dans la région ces dernières semaines. Le médecin de Pascuales a vu les enfants et des examens sanguins ont été faits, rien à signaler pour l’instant! Que deux plus petites journées sans école espagnole. Florence s’en réjouit malgré ses joues rouges et petits yeux vitreux.
Le virus a vite passé et les disputes entre frèrot et soeurettes ont vite repris! La vie de famille bien dynamique, quoi!
Et tout reprend son cours normal. Départ précipité de la maison tôt le matin avec les trop nombreux sacs et toutous. Puis on compte une demie heure pour se rendre à Pascuales croisant ces énormes centres d’achat chics et de bon goût, ces hauts édifices, ces chauffeurs dangereux, ces quêteurs et vendeurs au coin des rues, puis enfin la simplicité du pueblo de Pascuales nous ouvre son chemin de terre et les gens qui le bordent nous permettent de laisser sortir un dernier soupir de stress.
Toutefois la pauvreté des gens d’ici, leurs petites maisons de bambou nichées et leurs chemins inondés d’eau et de boue nous laissent pensifs, questionnés et si découragés pour eux. Tant d’injustices se côtoient à si peu de km de distance. C’est bien à Guayaquil qu’on l’aura le plus ressentie et perçue, cette injustice sociale. On comprend presque les gens de baisser les bras et d’attendre…
Le temps passe si vite… fin avril
Les quinze familles du projet pilote ont déjà leur jardin en bambou installé. C’est vraiment un procédé génial. En moins de quinze minutes, à quatre on montait la boîte de bambou déjà taillé à l’avance, qu’importe le lieu ; dans un poulailler (les poules étant gardées à l’extérieur), entre un palmier et un bananier, à travers les petites culottes et soutien-gorge de madame, et toute la brassée encore dégoulinante étalée sur de la broche), sur des briques et même dans de la merde à chien (Yves vous en parlera!). On a ainsi visité plusieurs quartiers de Pascuales. La pauvreté et le sourire des gens s’y mêlaient. Les rues boueuses, les vidanges étalées, les chiens partout et toutes ces joyeuses cordes à linge meublaient le décor de nos matinées.
De retour, les pinceaux devenaient alors mes outils de travail afin de réaliser les murales du patio modèle. Puis, assise avec les femmes, on remplissait de petits sacs pour les semis et on placotait. Plus on s’approche d’eux et plus on touche de près à leurs blessures et leurs cicatrices. Ainsi encore plus d’injustice, d’inégalité, de désespoir, de trahison et d’autres blessures m’étaient contés.
A l’école, Marie et Florence sont heureuses. Elles ont leurs copines qui les attendent pour sauter à la corde et leurs cahiers déjà bien remplis, n’ayant pas de livre tout doit être écrit.
Les petits aussi rentrent et s’amusent avec leurs copains et les maigres jouets effilochés. Ils chantonnent beaucoup. C’est joyeux de les voir à la queue leu leu, deux petits blonds dans un petit train tout noir grouillant de vie.
Et comme tout allait si bien, le temps du départ nous surprend tous. Les aurevoirs se font joyeux et tristes à la fois. Ma Marie entourée de cinq copines suspendues à elle pleuraient toutes comme des Madeleine. Florence si heureuse de son nouveau chandail de l’Équateur offert gentiment par la directrice se contente d’accolades amicales. Ils leurs ont fait une fête d’adieu. Tous dansaient avec la grosse chique de gomme à la bouche ou le suçon coloré. Garçons et filles sont vraiment doués à la danse. Ainsi les rires et les taquineries complices avaient devancé les larmes d’adieu.
A la petite garderie, les enfants ont fait une petite représentation de comptines et de chansonnettes. Des cartes, des câlins, des photos et tout plein de bisous humides.
Puis ce fut le grand repas d’adieu avec les religieuses et les employés. Sœur Jeannine nous avait concocté avec Cointa un formidable buffet aux accents québécois. Les enfants ont chanté "Andar con migo" de Julieta Venega, une mexicaine, même la Mathilde chantait! Puis se fut à notre tour de rendre notre petit discours espagnol après celui si chaleureux de Sœur jeannine. Puis ce fut un au revoir moins tristounet cette fois car on savait qu’on se reverrait après notre expédition des Galápagos.
Demeurait un étrange sentiment d’abandon. On laissait des gens, des amis dans des situations difficiles, dans toute cette vulnérabilité qui les habitait, dans toute cette injustice et ce désordre social … Un peu comme lors du départ brusqué du Rwanda, moins tragique bien sûr, mais avec la même impression de lâcheté et d’impuissance.
Les conditions difficiles de leur système d’éducation m’ont vraiment préoccupée durant ce séjour en Équateur. Tout en comprenant qu’il devrait être le cheval de bataille des prochains gouvernements, j’ai demandé à Sœur Jeannine s’il y avait un moyen d’aider dans ce sens. Elles organisent déjà un projet de parrainage scolaire, de la petite école à l’université. Elles ont une banque de nom de jeunes défavorisés qui sans bourse d’études ne peuvent aller à l’école. Il y a de ces projets humanitaires en qui l’on peut faire confiance, tout va directement à l’école, donc à l’enfant qui un jour deviendra grand et aura en main les atouts pour faire changer les choses. Je lui ai dit qu’on en parlerait à nos amis.
8.4.05
Nos photos de mars…
Guayaquil, la chaude! 

Notre cinquième mois de voyage est déjà derrière nous… Le temps file ici aussi vite qu’à la maison… Les grands-parents sont repartis essoufflés et heureux de leur voyage en Équateur… On se plait à l’appartement bien climatisé. Guayaquil est plus chaude qu’on est capable de l’écrire. Heureusement, la mer nous rafraîchit les week-ends… Le travail et l’école nous rappellent les petits tracas de la vie normale…
Et j'oubliais... Une fâcheuse situation automobile! Quelques photos dédiées aux amateurs de chroniques automobiles (drôles a posteriori)
Pour voir nos photos, cliquez sur le titre du post ou sur « Photo de mars » dans la section des liens (marge plus bas à gauche).
Lafamilleenequateur


Notre cinquième mois de voyage est déjà derrière nous… Le temps file ici aussi vite qu’à la maison… Les grands-parents sont repartis essoufflés et heureux de leur voyage en Équateur… On se plait à l’appartement bien climatisé. Guayaquil est plus chaude qu’on est capable de l’écrire. Heureusement, la mer nous rafraîchit les week-ends… Le travail et l’école nous rappellent les petits tracas de la vie normale…
Et j'oubliais... Une fâcheuse situation automobile! Quelques photos dédiées aux amateurs de chroniques automobiles (drôles a posteriori)
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A beau mentir qui écrit d’aussi loin!
Poisson d'avril! 

Hé oui, avec une très longue ligne à pêche, et une histoire à demie crédible, nous avons pêché de nombreux poissons le premier avril dernier. D’accord, c’était plutôt facile; D’aussi loin, l’odeur du poisson est moins forte… Ceux qui se sont fait prendre avaient de bonnes excuses. La meilleure : vous n’avez pas lu ce post le jour du premier avril. Certains diront même, c’est quoi un poisson d’avril. Et qui, de toute façon, porte attention aux dates de publication situées juste au-dessus des titres?
Pourtant, depuis quand une manifestation de pêcheurs peut-elle faire tomber un régime politique? Non, nous n’avons pas eu à nous dépêcher cette nuit-là. Pas non plus de filets qui se sont tendus sur notre fictive route vers le Pérou… Les pêcheurs qui chantaient sur le bord des routes ne criaient pas leur joie face au départ de Lengado (Sole) Gutierrez. Désolé, mais les Sœurs ne se sont jamais rendues à Mero (autre poisson très consommé ici). Malheureusement l’Équateur n’est toujours pas dirigé par une dénommée Sra Concha Camarones (Coquille de Crevettes). Et finalement, nous n’avons pas mangé de la délicieuse céviche (plat de poisson célèbre au Pérou) d’Alberto. Mais je vous jure, tout le reste était vrai. Enfin presque!
Voilà! Il y a déjà quelques jours que je voulais déprendre ce poisson de l’hameçon qui vous a piqué, certains plus que d’autres. Le serveur de blogue était inaccessible depuis quelques jours. En retard, je m’excuse donc formellement ici auprès d’au moins trois mères; premièrement à la mienne qui a passé une très mauvaise nuit (elle ne m’a pas encore complètement renié), ensuite à ma belle-mère qui s’est fait prendre jusqu’au milieu du coup de fil qu’elle nous a passé dimanche dernier (c’est pour les rassurer rapidement que je laissais savoir que mon téléphone fonctionnait) et finalement à la Mère Supérieure de la congrégation des Sœurs de la Miséricorde jusqu’à qui s’est rendue la fausse nouvelle (heureusement que j’avais averti dimanche les sœurs du sujet de mon dernier post). Désolé aussi pour ceux qui ont pu s’en faire quelques secondes. Estaba una broma!
Malheureusement, je finirai en vous disant que le pays traverse actuellement une crise politique. Ce n'est pas sa première, ni sûrement sa dernière. Le président actuel ainsi que le chef de la cour suprême du pays sont actuellement très contestés, et ce, depuis plusieurs mois. Rappelons que plus de trois présidents ont été chassés du pouvoir durant la dernière décennie (toujours pacifiquement). La situation a empiré la semaine dernière lorsque la cour suprême a annulé les nombreuses accusations qui pesaient contre trois anciens présidents ou vice-présidents en exil. Depuis, ces derniers sont déjà revenus et contribuent à générer un mauvais climat politique malheureusement néfaste aux habitants de ce pays. Hier à Quito, il y a eu des manifestations. Pour le 12 avril prochain, le préfet de la Province de Pichincha (Quito) ainsi que le maire de Quito ont appelé les citoyens à manifester; les entreprises et les organismes gouvernementaux pourraient donc être paralysés. Les routes et l'aéroport seraient, semble t-il, également fermés. Après le 12, on ne sait trop ce qui adviendra.
Ok. Je cesse de parler de corruption, de mauvais gouvernements et de situations politiques sans avenir… Ce n’est pas très exotique au Canada par les temps qui courent. De plus, je sens que je mettrais l’assiduité de nos amis-lecteurs à risque.
A bientôt
Lafamillerestéeenequateur


Hé oui, avec une très longue ligne à pêche, et une histoire à demie crédible, nous avons pêché de nombreux poissons le premier avril dernier. D’accord, c’était plutôt facile; D’aussi loin, l’odeur du poisson est moins forte… Ceux qui se sont fait prendre avaient de bonnes excuses. La meilleure : vous n’avez pas lu ce post le jour du premier avril. Certains diront même, c’est quoi un poisson d’avril. Et qui, de toute façon, porte attention aux dates de publication situées juste au-dessus des titres?
Pourtant, depuis quand une manifestation de pêcheurs peut-elle faire tomber un régime politique? Non, nous n’avons pas eu à nous dépêcher cette nuit-là. Pas non plus de filets qui se sont tendus sur notre fictive route vers le Pérou… Les pêcheurs qui chantaient sur le bord des routes ne criaient pas leur joie face au départ de Lengado (Sole) Gutierrez. Désolé, mais les Sœurs ne se sont jamais rendues à Mero (autre poisson très consommé ici). Malheureusement l’Équateur n’est toujours pas dirigé par une dénommée Sra Concha Camarones (Coquille de Crevettes). Et finalement, nous n’avons pas mangé de la délicieuse céviche (plat de poisson célèbre au Pérou) d’Alberto. Mais je vous jure, tout le reste était vrai. Enfin presque!
Voilà! Il y a déjà quelques jours que je voulais déprendre ce poisson de l’hameçon qui vous a piqué, certains plus que d’autres. Le serveur de blogue était inaccessible depuis quelques jours. En retard, je m’excuse donc formellement ici auprès d’au moins trois mères; premièrement à la mienne qui a passé une très mauvaise nuit (elle ne m’a pas encore complètement renié), ensuite à ma belle-mère qui s’est fait prendre jusqu’au milieu du coup de fil qu’elle nous a passé dimanche dernier (c’est pour les rassurer rapidement que je laissais savoir que mon téléphone fonctionnait) et finalement à la Mère Supérieure de la congrégation des Sœurs de la Miséricorde jusqu’à qui s’est rendue la fausse nouvelle (heureusement que j’avais averti dimanche les sœurs du sujet de mon dernier post). Désolé aussi pour ceux qui ont pu s’en faire quelques secondes. Estaba una broma!
Malheureusement, je finirai en vous disant que le pays traverse actuellement une crise politique. Ce n'est pas sa première, ni sûrement sa dernière. Le président actuel ainsi que le chef de la cour suprême du pays sont actuellement très contestés, et ce, depuis plusieurs mois. Rappelons que plus de trois présidents ont été chassés du pouvoir durant la dernière décennie (toujours pacifiquement). La situation a empiré la semaine dernière lorsque la cour suprême a annulé les nombreuses accusations qui pesaient contre trois anciens présidents ou vice-présidents en exil. Depuis, ces derniers sont déjà revenus et contribuent à générer un mauvais climat politique malheureusement néfaste aux habitants de ce pays. Hier à Quito, il y a eu des manifestations. Pour le 12 avril prochain, le préfet de la Province de Pichincha (Quito) ainsi que le maire de Quito ont appelé les citoyens à manifester; les entreprises et les organismes gouvernementaux pourraient donc être paralysés. Les routes et l'aéroport seraient, semble t-il, également fermés. Après le 12, on ne sait trop ce qui adviendra.
Ok. Je cesse de parler de corruption, de mauvais gouvernements et de situations politiques sans avenir… Ce n’est pas très exotique au Canada par les temps qui courent. De plus, je sens que je mettrais l’assiduité de nos amis-lecteurs à risque.
A bientôt
Lafamillerestéeenequateur
1.4.05
Sortie d’urgence côté Pérou
Durant la nuit dernière, environ vers 4h, nous avons reçu l’appel de Sœur Jeannine. On pouvait s’y en attendre un peu, mais jamais aussi rapidement. Bien sûr, le pouvoir du Président de l’Équateur était en péril depuis quelques semaines; les marches de protestation se succédaient. Après Guayaquil et Quito, c’était au tour des habitants de Cuenca de prendre la rue avant-hier. Il semble par contre que ce soit les foules du Manabi, notamment les pêcheurs de la côte qui aient réussi à provoquer la fuite du président, tard hier en soirée.
« Yves, il faut partir vers la plus proche frontière. Je viens de recevoir l’appel du consul canadien, le pays traverse une crise et il y a de potentielles violences, surtout à Guayaquil. Ce dernier nous conseille fortement de joindre le convoi de canadiens qui prend la route vers Tumbes, au Pérou. Rien de grave semble t-il! Mais, vaut mieux être prudents » Sœur Jeannine venait donc de me réveiller brusquement. « Merde, il faut vraiment quitter vers le Pérou » dis-je à Geneviève, inquiète à côté de moi. » Dépêchons-nous!
Deux heures plus tard, alors que le soleil venait à peine de se lever, sont arrivées les sœurs dans leur petite voiture rouge. Robert, leur chauffeur,était au volant. Avec elles se trouvaient trois autres voitures, toutes pleines d’autres expatriés. Notre voiture était déjà chargée de l’essentiel. L’habitude de faire les valises aussi souvent nous aura bien servi ce matin. Quand même, un peu d’angoisse nous habitait au moment de quitter l'appartement. Après deux arrêts, pour que se joignent au convoi d’autres voitures nous sommes sortis de Guayaquil vers le Sud : Direction Pérou. Le consul faisait parti du groupe. Il avait avec lui un fax envoyé de Quito par l’ambassadeur canadien; un genre de sauf-conduit qui allait nous faciliter la vie aux douanes.
Les enfants étaient tiraillés entre l’excitation de vivre un film d’aventure et une certaine peur de ce qu’ils comprenaient de la situation. Notre explication optimiste de ce qu’est un coup d’état ne les avait visiblement pas tout à fait rassuré. Nous avions 5 heures de route à faire avant de quitter le pays. Les dernières nouvelles faisaient état d’un calme relatif. Certains barrages allaient devoir être traversés, mais avec le drapeau canadien bien en vue, sur la première voiture du convoi, peu de problèmes étaient à prévoir, nous disait-on. Heureusement, tout c’est bien passé, tellement bien qu’on questionnait la pertinence de fuir comme ça, presque en peureux! Nous avons croisé, durant le voyage, au moins une dizaine de petites manifestations, toutes scandant la joie causée par le départ de Lengado Gutierrez, le président déchu (Il s’agit du troisième en moins de cinq ans qui se fait ainsi sortir). "Quelle chance nous avons eue de passer aussi facilement", disait le consul du côté péruvien de la frontière; aucun des groupes rencontrés n’aura hésité à baisser les filets dont ils se servaient pour bloquer les routes.
Incroyable! Nous voilà donc de retour au pays des Incas, à Mancora juste au bord de la mer; sains et saufs dans la maison que nous connaissons si bien, pour l’avoir louée au mois de février. Marlène et Alberto nous ont accueillis avec autant de surprises que de gentillesse. Les sœurs, elles, et le reste du convoi canadien se sont arrêtés à Mero près de Tumbes, une heure de route avant nous, à la plus importante ville du nord du Pérou. Elles s’y sentaient plus en confiance.
Encore un peu sous le choc, je suis au village de Mancora; pour acheter ce qu’il faut pour souper et pour mieux comprendre la situation (nous n’avons pas de téléphone, ni de télé à la maison). Il me fallait des nouvelles! Malheureusement, rien sur le coup d’état n’est paru dans les journaux péruviens. Sur le Web, je viens également de faire le tour des sites de nouvelles (les journaux équatoriens ne sont pas parus, même pas El Corvina, le plus grand journal), très peu d’informations sur le sujet. Toute l’attention semble braquée sur la situation précaire du Pape. Avec le peu de temps que j’ai eu, j’ai quand même réussi à trouver ces brides d’informations : Le changement de garde en Équateur semble s’être passé en douceur (pas étonnant, ils sont très pacifiques). Je ne suis pas certain, mais il semble qu’une femme, dénommée Sra Concha Camaron, soit désormais à la tête du pays. Autre rumeur qui devrait attirer l’attention des médias mondiaux : le récent gouvernement aurait suspendu toutes ventes ou livraison de pétrole (l’équateur est un important exportateur). Il semble que la nouvelle première ministre veuille revoir fortement à la hausse les royautés sur l’or noir de son pays. On parle d’un virage à gauche dans la foulée de ceux réalisés au Brésil et au Venezuela.
On saura demain matin en appelant le consul à Tumbes, ce qui adviendra de notre sort. Mais tout semble positif pour un retour rapide. Voilà, je tenais à vous donner des nouvelles avant que vous ne les appreniez dans les médias. Pas d’inquiétude à avoir, la preuve : Marie et moi partons au quai de Mancora acheter du poisson frais pour la délicieuse céviche qu’Alberto est en train de nous préparer. Quand j’ai laissé Geneviève, elle était dans la mer avec Florence et Victor. Mathilde dormait paisiblement dans les bras de Marlène. En passant, mon cellulaire fonctionne dans la région nord du Pérou.
On vous donne rapidement des nouvelles.
Quelle journée!!!
lafamilleenequateur
« Yves, il faut partir vers la plus proche frontière. Je viens de recevoir l’appel du consul canadien, le pays traverse une crise et il y a de potentielles violences, surtout à Guayaquil. Ce dernier nous conseille fortement de joindre le convoi de canadiens qui prend la route vers Tumbes, au Pérou. Rien de grave semble t-il! Mais, vaut mieux être prudents » Sœur Jeannine venait donc de me réveiller brusquement. « Merde, il faut vraiment quitter vers le Pérou » dis-je à Geneviève, inquiète à côté de moi. » Dépêchons-nous!
Deux heures plus tard, alors que le soleil venait à peine de se lever, sont arrivées les sœurs dans leur petite voiture rouge. Robert, leur chauffeur,était au volant. Avec elles se trouvaient trois autres voitures, toutes pleines d’autres expatriés. Notre voiture était déjà chargée de l’essentiel. L’habitude de faire les valises aussi souvent nous aura bien servi ce matin. Quand même, un peu d’angoisse nous habitait au moment de quitter l'appartement. Après deux arrêts, pour que se joignent au convoi d’autres voitures nous sommes sortis de Guayaquil vers le Sud : Direction Pérou. Le consul faisait parti du groupe. Il avait avec lui un fax envoyé de Quito par l’ambassadeur canadien; un genre de sauf-conduit qui allait nous faciliter la vie aux douanes.
Les enfants étaient tiraillés entre l’excitation de vivre un film d’aventure et une certaine peur de ce qu’ils comprenaient de la situation. Notre explication optimiste de ce qu’est un coup d’état ne les avait visiblement pas tout à fait rassuré. Nous avions 5 heures de route à faire avant de quitter le pays. Les dernières nouvelles faisaient état d’un calme relatif. Certains barrages allaient devoir être traversés, mais avec le drapeau canadien bien en vue, sur la première voiture du convoi, peu de problèmes étaient à prévoir, nous disait-on. Heureusement, tout c’est bien passé, tellement bien qu’on questionnait la pertinence de fuir comme ça, presque en peureux! Nous avons croisé, durant le voyage, au moins une dizaine de petites manifestations, toutes scandant la joie causée par le départ de Lengado Gutierrez, le président déchu (Il s’agit du troisième en moins de cinq ans qui se fait ainsi sortir). "Quelle chance nous avons eue de passer aussi facilement", disait le consul du côté péruvien de la frontière; aucun des groupes rencontrés n’aura hésité à baisser les filets dont ils se servaient pour bloquer les routes.
Incroyable! Nous voilà donc de retour au pays des Incas, à Mancora juste au bord de la mer; sains et saufs dans la maison que nous connaissons si bien, pour l’avoir louée au mois de février. Marlène et Alberto nous ont accueillis avec autant de surprises que de gentillesse. Les sœurs, elles, et le reste du convoi canadien se sont arrêtés à Mero près de Tumbes, une heure de route avant nous, à la plus importante ville du nord du Pérou. Elles s’y sentaient plus en confiance.
Encore un peu sous le choc, je suis au village de Mancora; pour acheter ce qu’il faut pour souper et pour mieux comprendre la situation (nous n’avons pas de téléphone, ni de télé à la maison). Il me fallait des nouvelles! Malheureusement, rien sur le coup d’état n’est paru dans les journaux péruviens. Sur le Web, je viens également de faire le tour des sites de nouvelles (les journaux équatoriens ne sont pas parus, même pas El Corvina, le plus grand journal), très peu d’informations sur le sujet. Toute l’attention semble braquée sur la situation précaire du Pape. Avec le peu de temps que j’ai eu, j’ai quand même réussi à trouver ces brides d’informations : Le changement de garde en Équateur semble s’être passé en douceur (pas étonnant, ils sont très pacifiques). Je ne suis pas certain, mais il semble qu’une femme, dénommée Sra Concha Camaron, soit désormais à la tête du pays. Autre rumeur qui devrait attirer l’attention des médias mondiaux : le récent gouvernement aurait suspendu toutes ventes ou livraison de pétrole (l’équateur est un important exportateur). Il semble que la nouvelle première ministre veuille revoir fortement à la hausse les royautés sur l’or noir de son pays. On parle d’un virage à gauche dans la foulée de ceux réalisés au Brésil et au Venezuela.
On saura demain matin en appelant le consul à Tumbes, ce qui adviendra de notre sort. Mais tout semble positif pour un retour rapide. Voilà, je tenais à vous donner des nouvelles avant que vous ne les appreniez dans les médias. Pas d’inquiétude à avoir, la preuve : Marie et moi partons au quai de Mancora acheter du poisson frais pour la délicieuse céviche qu’Alberto est en train de nous préparer. Quand j’ai laissé Geneviève, elle était dans la mer avec Florence et Victor. Mathilde dormait paisiblement dans les bras de Marlène. En passant, mon cellulaire fonctionne dans la région nord du Pérou.
On vous donne rapidement des nouvelles.
Quelle journée!!!
lafamilleenequateur
29.3.05
La dame de Sasquisili


Je vous ai vu ce matin-là,
Au marché de Saquisili,
On vous y voit chaque jeudi,
Vendant de la laine d’alpaca.
Couverte de tant d’épaisseurs
D’un vieux chapeau de feutre vert,
Vous étiez-la juste derrière,
L'endroit où l’on vend des couleurs.
Pourrais-je vous faire cet aveu?
La beauté est l’œuvre du temps.
J’ai pu le voir en remarquant,
Que vos rides conduisent à vos yeux.
Je voudrais tant savoir de vous,
De l’histoire, du sentier qui mènent,
Aux bêtes qui ont produit la laine,
De ma veste achetée quelques sous.
lafamilleenequateur
28.3.05
Les châteaux d'Alandaluz
Après un tour de ce magnifique Equateur avec les grands-parents Poiré à revoir la côte encore sauvage et déserte, les montagnes enveloppées de nuages, ces volcans à peine visibles, les marchés, leurs acteurs toujours aussi colorés ainsi que les amitiés de la Sierra, nous voilà rentrés à la maison de Guayaquil. Un chez nous pendant deux mois. On a eu la chance de trouver un appartement meublé pour un si court délai. Encore plus chanceux, de s'y sentir bien, surtout les enfants! Déjà petits voisins et voisines y entrent dans leur vie et s'y font un petit coin amical (sans trop de barrière de langue).
Premières semaines où tous les jours on se rend à Pascuales, pueblo à 20 min. au nord de Guayaquil, où des religieuses québécoises assez flyées (partir du couvent à 70 ans pour aller s'installer dans un quartier dur et pauvre de l'Equateur!) ont fondé un centre pour femmes et une garderie éducative pour leurs enfants. Yves et moi, travaillons à mettre sur pied avec la collaboration des femmes, un projet de jardins en boîtes de bambou pour les familles du village. Déjà Vilma et Jacqueline se joignent au projet, deux pionnières de jardins dans leur pueblo.
Mathilde et Victor participent aux activités de la garderie, tandis que Marie et Florence font l'école avec les manuels du Québec, en attendant l'entrée scolaire, le 4 avril prochain.
Cela nous fait tout drôle de réapprivoiser l'horaire, la stabilité, le quotidien. Ça déboussole aussi. Nous qui avions la boussole bien active ces derniers mois. On côtoie un certain vide malgré l'horaire. Nos journées ne sont plus remplies d'autant d'images, de paysages, d'odeurs, de gens, enfin de toutes ces richesses qu'apportent les voyages.
On croyait en être rassasié, au contraire ils nous manquent. Notre appétit de découvertes est encore plus gourmand.
C'est une autre richesse que nous aurons la chance de palper ici, encore plus humaine cette fois, le fait d`échanger de plus près, de partager leur culture et de jongler avec leurs mots et leurs accents chantant.
Toutefois dès qu'il est possible on s'évade vers un autre petit coin du pays. Il y a deux semaines, on longeait la côte du Pacifique, là où la mer chaude nous charme et nous surprend à la fois par ses vagues puissantes.
C'est à Alandaluz qu'on a jeté l'ancre. Site écotouristique où se marient une nature luxuriante et un habitat tout de bambou construit, s'harmonisant au calme et à la quiétude. La plage est déserte mis à part ces quelques architectes et maçons qui édifient des projets immobiliers d'envergure. Leur matière première: le sable. Ils font tout à la main. Travail de patience et de persévérance.
Ils nous invitent dans des cités tantôt d'influence Inca, espagnole, francaise ou encore tirées directement des contes de fées. Des châteaux se forment sous leurs petites mains, petites mains naïves et pleines d'espoir. Mais la mer, curieuse, les visite aussitôt et d'une vague moussante les rappelle à eux, sans autre forme de procès!
Qu'il est doux ce temps d'observer l'enfant, ce passionné de la vie, des petites choses et des menus plaisirs. De la fourmi qu'il suit discrètement, à la cigale qu'il contemple . Au sable chaud qu'il embrasse de tout son corps sans pudeur ni censure. À la fleur qu'il hume et aux cailloux qu'il collectionne. Je ne me lasse pas de l'admirer goûter ainsi à la vie, aux moments qui passent sans penser à hier, ni à demain, avec toute sa spontanéité et sa candeur. Il me nourrit, me gâte et me chavire.
N'est-ce pas finalement l'invitation au plus beau des voyages? Un voyage au coeur de l'enfance, fusion de la mienne et de la sienne!
Premières semaines où tous les jours on se rend à Pascuales, pueblo à 20 min. au nord de Guayaquil, où des religieuses québécoises assez flyées (partir du couvent à 70 ans pour aller s'installer dans un quartier dur et pauvre de l'Equateur!) ont fondé un centre pour femmes et une garderie éducative pour leurs enfants. Yves et moi, travaillons à mettre sur pied avec la collaboration des femmes, un projet de jardins en boîtes de bambou pour les familles du village. Déjà Vilma et Jacqueline se joignent au projet, deux pionnières de jardins dans leur pueblo.
Mathilde et Victor participent aux activités de la garderie, tandis que Marie et Florence font l'école avec les manuels du Québec, en attendant l'entrée scolaire, le 4 avril prochain.
Cela nous fait tout drôle de réapprivoiser l'horaire, la stabilité, le quotidien. Ça déboussole aussi. Nous qui avions la boussole bien active ces derniers mois. On côtoie un certain vide malgré l'horaire. Nos journées ne sont plus remplies d'autant d'images, de paysages, d'odeurs, de gens, enfin de toutes ces richesses qu'apportent les voyages.
On croyait en être rassasié, au contraire ils nous manquent. Notre appétit de découvertes est encore plus gourmand.
C'est une autre richesse que nous aurons la chance de palper ici, encore plus humaine cette fois, le fait d`échanger de plus près, de partager leur culture et de jongler avec leurs mots et leurs accents chantant.
Toutefois dès qu'il est possible on s'évade vers un autre petit coin du pays. Il y a deux semaines, on longeait la côte du Pacifique, là où la mer chaude nous charme et nous surprend à la fois par ses vagues puissantes.
C'est à Alandaluz qu'on a jeté l'ancre. Site écotouristique où se marient une nature luxuriante et un habitat tout de bambou construit, s'harmonisant au calme et à la quiétude. La plage est déserte mis à part ces quelques architectes et maçons qui édifient des projets immobiliers d'envergure. Leur matière première: le sable. Ils font tout à la main. Travail de patience et de persévérance.
Ils nous invitent dans des cités tantôt d'influence Inca, espagnole, francaise ou encore tirées directement des contes de fées. Des châteaux se forment sous leurs petites mains, petites mains naïves et pleines d'espoir. Mais la mer, curieuse, les visite aussitôt et d'une vague moussante les rappelle à eux, sans autre forme de procès!
Qu'il est doux ce temps d'observer l'enfant, ce passionné de la vie, des petites choses et des menus plaisirs. De la fourmi qu'il suit discrètement, à la cigale qu'il contemple . Au sable chaud qu'il embrasse de tout son corps sans pudeur ni censure. À la fleur qu'il hume et aux cailloux qu'il collectionne. Je ne me lasse pas de l'admirer goûter ainsi à la vie, aux moments qui passent sans penser à hier, ni à demain, avec toute sa spontanéité et sa candeur. Il me nourrit, me gâte et me chavire.
N'est-ce pas finalement l'invitation au plus beau des voyages? Un voyage au coeur de l'enfance, fusion de la mienne et de la sienne!
26.3.05
Les photos de février
Fin du voyage au Pérou. Vie d'appartement à Guayaquil et arrivée des grands-parents Poiré pour leur voyage en Équateur. Cliquez sur le titre du post pour voir les photos.
Lafamilleenequateur
Lafamilleenequateur
24.3.05
Oh la p’tite vie!
23 mars
Comme à la maison, je suis toujours le dernier à me sortir du lit, vers 7 heures environ. Ce matin Victor, lui, était tout habillé dès 6 heures. Les gars de cinq ans ont de ces enthousiasmes… Il faisait gris et encore quelques courants d’air frais dormaient avec moi. Debout paresseux. En sortant de la douche, ils étaient à table. Puis sont arrivées les crêpes (il n’y avait plus de pain). « Maman, elles sont comme au Canada! ». C’est plutôt le sirop d’érable apporté par les grands-parents qui est comme au Canada.
À table, une pensée pour Wilma me croise l’esprit (la femme qui travaille avec nous depuis deux semaines). Elle dirigera le projet après notre départ. Cette femme de notre âge probablement vit à « Bastion Popular », tout près de Pascuales au nord de Guayaquil, juste à côté de la misère sa voisine. Qu’a-t-elle pris au déjeuner? Durant le mien, je lis le grand titre de l’Universo: El feriado politico duro solo 3 horas (le congé férié politique n’aura duré que trois heures); Où est la page qui m’intéresse… Les nouvelles internationales : Un adepte d’Hitler, 17 ans, s’est tué après avoir abattu trop d’enfants dans une école américaine (encore!). La vie du pape est en péril. Ça me revient : 43% des catholiques au monde se trouvent en Amérique du Sud (2% seulement je crois dans celle du Nord). Y a-t-il un article sur la Bolivie? Je suis révolutionnaire bolivien ces jours-ci… Facile à distance. Ah oui : Le Washington Post constate que la démocratie de l’Amérique est menacée par les soulèvements actuels en Bolivie (conflit sur l’exode des profits du gaz naturel). Le journal prétend qu’ils sont soutenus par des partis socialistes de gauche. Hugo Chavez est sans doute lié ajoute l’administration Bush (Toute l’Amérique n’aime pas le président Vénézuelien ces jours-ci). Bon, le temps file. À huit heures il faut être dans l’auto.
En route, les Cowboys fringants très fort finissent de me réveiller. Jusqu’à Mathilde qui chante. « Regardez, il fait 33 degrés sur ce panneau ». La conduite est toujours aussi folle; 15 minutes jusqu’au boulot. À chaque fois que nous tournons le dernier coin qui donne sur la rue de terre menant centre, je repense à l’Afrique. Que devient le Rwanda? Gatagarra? Quelle place ont ces humains dans ma vie, 12 ans plus tard? Avec moins de naïveté et de temps, on vit beaucoup de sentiments similaires à ceux qui nous animaient là-bas. Au centre de femmes où nous travaillons, à la garderie les monitrices attendent Victor et Mathilde pour 8h30. En sortant de la voiture, ce matin, les deux sont partis en courant. Victor vers ses chums et Mathilde en sens inverse; elle ne veut rien savoir. Armée de ses invincibles pleurs, elle réussira moins d’une demie heure plus tard à se faire sortir dans les bras de la Sœur qui dirige la garderie. Les grandes sont avec Daniela (22 ans) qui nous aide depuis quelques semaines avec les enfants; un appui pour ces deux élèves qui des jours se trouvent assises bien loin dans le fond de leur classe. Où sont les copines papa? Mais voilà! Le 4 avril, elles feront courageusement leur entrée à l’école primaire de Pascuales (très loin de Boucherville à tant de niveaux). Pour quatre semaines elles porteront le même costume que leurs prochaines amies de peaux couleur café. Les deux dans la même minuscule classe qu’elles ont visitée vendredi dernier (sans trop parler), sur le même banc. Quelle expérience de complicité me semble-il!
Entre-temps sœur Jeannine arrive. Avec son sourire et son petit mouchoir pour s’éponger le front. Bientôt 80, non pas des degrés ici, mais des années. Elle me raconte avec un sourire le burlesque épisode qui a fait jaser tout le pays aujourd’hui. C’est lié au grand titre du journal de ce matin. Le président s’est pointé à la télé hier soir vers 21h (mardi) pour décréter trois jours fériés (commençant le lendemain)!!! Malheureusement, la joie des travailleurs et de l’industrie du tourisme n’aura duré que trois heures. Suite aux pressions des maires de Quito, de Guayaquil et de Cuenca ainsi que de l’association des banquiers et d’autres gros bonnets qui ont appelé à boycotter le joyeux (des)ordre du président, le frère de ce dernier (Y a pas qu’aux USA où des familles entières sont au pouvoir) a annoncé que le gouvernement se rétractait. Tout le monde était donc au poste avec nous ce matin.
On est en planification; document descriptif, plan de projet, budget (5K$ pour un an!!!) Wilma trouve ça difficile. Ce qu’elle aime ce sont les plantes, les jardins, les autres femmes qu’elle veut aider. Et voilà qu’on l’attache à des concepts nord-américains de critères de succès, d’objectifs etc. Et Genou et moi qui essayons de la motiver en espagnol! Puis un fou rire quand Marie me corrige « Papa, c’est pas comme ça qu’on dit ». Durant tout l’avant-midi défilent les femmes qui viennent au centre chercher un prêt de 100$ qu’elles remettront à coup de 10$. Bientôt elles prendront des cours pour apprendre à semer un potager organique et viendront chercher les boîtes que le projet aura fabriquées avec elle. Si tout va bien, 100 femmes dans l’année vont payer trois dollars pour ce système ingénieux de jardin en caisse de bambou qu’elles coinceront dans leur cour.
Midi, il faut partir. Aujourd’hui, contrairement à l’habitude, je dois revenir durant l’après-midi. On fait un cadeau au projet. Geneviève et moi avons fait fabriquer une première boîte pour l’exposer rapidement au centre. Je reviendrai donc à Pascuales pour emprunter le pick-up de l’oncle de Robert (le chauffeur des sœurs). Nous irons ensembles chercher les boîtes, la terres, les plantes, etc. Victor et moi allons laisser les filles à l’appartement. « Pas le temps d’entrer, on va prendre une bouchée en chemin »; prétexte pour passer du temps de gars au Burger King. Pendant que mon précieux fils mange son sandwich, moi je savoure chaque goutte de temps que j’ai avec lui.De retour à une heure top à Pascuales. Ah oui, en passant devant le même panneau que ce matin, c’était 42 degrés.
Nous allions chercher les boîtes vers Samborondon; une des banlieues très riches de Guayaquil. 15 minutes de route à longer des complexes de types « gate-cities ». À la vue de la première, on trouve les couleurs pastel jolies, les toits de tuiles, les fontaines, les arbres taillés. Puis tiens, une plus grande, toute aussi gardée. Celle-ci a même son église! Ces gens-là prient dans la propreté ma foi. Puis, trop de couleur pêche ou de rose pâle, ça finit par lever le cœur. Tous ces gardiens qui protègent de l’argent qui tremblent de peur. Ça sent l’injustice. Wilma gagnera peut-être 1500$ cette année. Si elle est chanceuse. Elle m’a demandé si les écarts entre les pauvres et les riches étaient aussi grands au Canada. Eh…
Longue journée! Vers 4 heures Victor et moi sommes rentrés à la maison. Florence et Marie travaillaient bien avec Geneviève.Mathilde dormait encore, fatiguée de son expérience matinale. Je crois qu’en se réveillant, elle avait encore ces spasmes qu’ont les enfants après avoir trop longtemps pleuré. Vous savez ces trois prises d’air saccadées, suivies d'un long soupir qui tue l'angoisse…
Avec raison, les filles voulaient sortir. Il nous fallait une piscine pour se dégourdir et se rafraîchir.. Manquant de ressource, nous avons fini par plonger dans celle de l’Hôtel Oro Verde (5 étoiles) sur le toit de Guayaquil. Jumelée à un Spa, le coût d’entrée était de 18$ par personne. Oui, oui, pour la session! Inutile de vous dire qu’on a trouvé moyen de ne pas payer.
Voilà, Genou et les enfants sont couchés. Bientôt 1h am. Je vais les rejoindre. Il y a longtemps que ma souris fuyait notre blogue. J’avais pourtant reçu beaucoup de commentaires gentils à propos de mon dernier post sur Edwin. Je crois que ses silences m’auront appelé plus que je ne le croyais.
Après 5 mois d’aventure, la sédentarité et l’ordinaire nous rattrapent donc. « André, ça y est! Je crois que je suis rendu au moment de faire le test : je vais enfin trouver le temps de voir si après la vaisselle, sous la ligne de l’équateur, l’eau s’écoule vraiment à l’envers dans l’évier.
Oh la p’tite vie.
Ah oui, je vais finir de poster les photos de mars ce soir où demain.
Merci de votre complicité
Yves et cie
Comme à la maison, je suis toujours le dernier à me sortir du lit, vers 7 heures environ. Ce matin Victor, lui, était tout habillé dès 6 heures. Les gars de cinq ans ont de ces enthousiasmes… Il faisait gris et encore quelques courants d’air frais dormaient avec moi. Debout paresseux. En sortant de la douche, ils étaient à table. Puis sont arrivées les crêpes (il n’y avait plus de pain). « Maman, elles sont comme au Canada! ». C’est plutôt le sirop d’érable apporté par les grands-parents qui est comme au Canada.
À table, une pensée pour Wilma me croise l’esprit (la femme qui travaille avec nous depuis deux semaines). Elle dirigera le projet après notre départ. Cette femme de notre âge probablement vit à « Bastion Popular », tout près de Pascuales au nord de Guayaquil, juste à côté de la misère sa voisine. Qu’a-t-elle pris au déjeuner? Durant le mien, je lis le grand titre de l’Universo: El feriado politico duro solo 3 horas (le congé férié politique n’aura duré que trois heures); Où est la page qui m’intéresse… Les nouvelles internationales : Un adepte d’Hitler, 17 ans, s’est tué après avoir abattu trop d’enfants dans une école américaine (encore!). La vie du pape est en péril. Ça me revient : 43% des catholiques au monde se trouvent en Amérique du Sud (2% seulement je crois dans celle du Nord). Y a-t-il un article sur la Bolivie? Je suis révolutionnaire bolivien ces jours-ci… Facile à distance. Ah oui : Le Washington Post constate que la démocratie de l’Amérique est menacée par les soulèvements actuels en Bolivie (conflit sur l’exode des profits du gaz naturel). Le journal prétend qu’ils sont soutenus par des partis socialistes de gauche. Hugo Chavez est sans doute lié ajoute l’administration Bush (Toute l’Amérique n’aime pas le président Vénézuelien ces jours-ci). Bon, le temps file. À huit heures il faut être dans l’auto.
En route, les Cowboys fringants très fort finissent de me réveiller. Jusqu’à Mathilde qui chante. « Regardez, il fait 33 degrés sur ce panneau ». La conduite est toujours aussi folle; 15 minutes jusqu’au boulot. À chaque fois que nous tournons le dernier coin qui donne sur la rue de terre menant centre, je repense à l’Afrique. Que devient le Rwanda? Gatagarra? Quelle place ont ces humains dans ma vie, 12 ans plus tard? Avec moins de naïveté et de temps, on vit beaucoup de sentiments similaires à ceux qui nous animaient là-bas. Au centre de femmes où nous travaillons, à la garderie les monitrices attendent Victor et Mathilde pour 8h30. En sortant de la voiture, ce matin, les deux sont partis en courant. Victor vers ses chums et Mathilde en sens inverse; elle ne veut rien savoir. Armée de ses invincibles pleurs, elle réussira moins d’une demie heure plus tard à se faire sortir dans les bras de la Sœur qui dirige la garderie. Les grandes sont avec Daniela (22 ans) qui nous aide depuis quelques semaines avec les enfants; un appui pour ces deux élèves qui des jours se trouvent assises bien loin dans le fond de leur classe. Où sont les copines papa? Mais voilà! Le 4 avril, elles feront courageusement leur entrée à l’école primaire de Pascuales (très loin de Boucherville à tant de niveaux). Pour quatre semaines elles porteront le même costume que leurs prochaines amies de peaux couleur café. Les deux dans la même minuscule classe qu’elles ont visitée vendredi dernier (sans trop parler), sur le même banc. Quelle expérience de complicité me semble-il!
Entre-temps sœur Jeannine arrive. Avec son sourire et son petit mouchoir pour s’éponger le front. Bientôt 80, non pas des degrés ici, mais des années. Elle me raconte avec un sourire le burlesque épisode qui a fait jaser tout le pays aujourd’hui. C’est lié au grand titre du journal de ce matin. Le président s’est pointé à la télé hier soir vers 21h (mardi) pour décréter trois jours fériés (commençant le lendemain)!!! Malheureusement, la joie des travailleurs et de l’industrie du tourisme n’aura duré que trois heures. Suite aux pressions des maires de Quito, de Guayaquil et de Cuenca ainsi que de l’association des banquiers et d’autres gros bonnets qui ont appelé à boycotter le joyeux (des)ordre du président, le frère de ce dernier (Y a pas qu’aux USA où des familles entières sont au pouvoir) a annoncé que le gouvernement se rétractait. Tout le monde était donc au poste avec nous ce matin.
On est en planification; document descriptif, plan de projet, budget (5K$ pour un an!!!) Wilma trouve ça difficile. Ce qu’elle aime ce sont les plantes, les jardins, les autres femmes qu’elle veut aider. Et voilà qu’on l’attache à des concepts nord-américains de critères de succès, d’objectifs etc. Et Genou et moi qui essayons de la motiver en espagnol! Puis un fou rire quand Marie me corrige « Papa, c’est pas comme ça qu’on dit ». Durant tout l’avant-midi défilent les femmes qui viennent au centre chercher un prêt de 100$ qu’elles remettront à coup de 10$. Bientôt elles prendront des cours pour apprendre à semer un potager organique et viendront chercher les boîtes que le projet aura fabriquées avec elle. Si tout va bien, 100 femmes dans l’année vont payer trois dollars pour ce système ingénieux de jardin en caisse de bambou qu’elles coinceront dans leur cour.
Midi, il faut partir. Aujourd’hui, contrairement à l’habitude, je dois revenir durant l’après-midi. On fait un cadeau au projet. Geneviève et moi avons fait fabriquer une première boîte pour l’exposer rapidement au centre. Je reviendrai donc à Pascuales pour emprunter le pick-up de l’oncle de Robert (le chauffeur des sœurs). Nous irons ensembles chercher les boîtes, la terres, les plantes, etc. Victor et moi allons laisser les filles à l’appartement. « Pas le temps d’entrer, on va prendre une bouchée en chemin »; prétexte pour passer du temps de gars au Burger King. Pendant que mon précieux fils mange son sandwich, moi je savoure chaque goutte de temps que j’ai avec lui.De retour à une heure top à Pascuales. Ah oui, en passant devant le même panneau que ce matin, c’était 42 degrés.
Nous allions chercher les boîtes vers Samborondon; une des banlieues très riches de Guayaquil. 15 minutes de route à longer des complexes de types « gate-cities ». À la vue de la première, on trouve les couleurs pastel jolies, les toits de tuiles, les fontaines, les arbres taillés. Puis tiens, une plus grande, toute aussi gardée. Celle-ci a même son église! Ces gens-là prient dans la propreté ma foi. Puis, trop de couleur pêche ou de rose pâle, ça finit par lever le cœur. Tous ces gardiens qui protègent de l’argent qui tremblent de peur. Ça sent l’injustice. Wilma gagnera peut-être 1500$ cette année. Si elle est chanceuse. Elle m’a demandé si les écarts entre les pauvres et les riches étaient aussi grands au Canada. Eh…
Longue journée! Vers 4 heures Victor et moi sommes rentrés à la maison. Florence et Marie travaillaient bien avec Geneviève.Mathilde dormait encore, fatiguée de son expérience matinale. Je crois qu’en se réveillant, elle avait encore ces spasmes qu’ont les enfants après avoir trop longtemps pleuré. Vous savez ces trois prises d’air saccadées, suivies d'un long soupir qui tue l'angoisse…
Avec raison, les filles voulaient sortir. Il nous fallait une piscine pour se dégourdir et se rafraîchir.. Manquant de ressource, nous avons fini par plonger dans celle de l’Hôtel Oro Verde (5 étoiles) sur le toit de Guayaquil. Jumelée à un Spa, le coût d’entrée était de 18$ par personne. Oui, oui, pour la session! Inutile de vous dire qu’on a trouvé moyen de ne pas payer.
Voilà, Genou et les enfants sont couchés. Bientôt 1h am. Je vais les rejoindre. Il y a longtemps que ma souris fuyait notre blogue. J’avais pourtant reçu beaucoup de commentaires gentils à propos de mon dernier post sur Edwin. Je crois que ses silences m’auront appelé plus que je ne le croyais.
Après 5 mois d’aventure, la sédentarité et l’ordinaire nous rattrapent donc. « André, ça y est! Je crois que je suis rendu au moment de faire le test : je vais enfin trouver le temps de voir si après la vaisselle, sous la ligne de l’équateur, l’eau s’écoule vraiment à l’envers dans l’évier.
Oh la p’tite vie.
Ah oui, je vais finir de poster les photos de mars ce soir où demain.
Merci de votre complicité
Yves et cie
15.3.05
Hommage aux souliers rouges
Il y a de cela bien deux mois que je voulais vous partager leur existence alors que je les ai vus débarquer au Pérou. Des souliers pourtant bien ordinaires en apparence mais qui se sont avérés exceptionnels. J’en connais d’ailleurs la provenance coin St Laurent, Laurier, Montréal. J’en déduis donc leur qualité, mais tout de même, ils sont fantastiques, se faufilent partout, fouineurs comme tout et ils m’apparaissent inusables!
En escale pour trois semaines dans ce beau et grand pays, ils n’ont pas chômé! A leur arrivée à Lima, ils arpentaient déjà les grandes artères, les jardins, les musées et couraient pour traverser ces rues achalandées et pressées. Puis en longeant la côte sud du Pacifique, ils se sont promenés dans un désert de dunes et de sable. Ils ont navigué sur l’océan à la découverte d’îles « resort pour phoques et autres bêtes à plumes, à poil » en sentant de plus près ce fameux guano (chiure d’oiseaux) cultivé et commercialisé comme engrais national. Tintin en parle d’ailleurs dans Le temple du Soleil, plutôt le Capitaine en patois épicés!
Dans les montagnes de l’Altiplano, les souliers rouges ont gardé leur rythme curieux. A Arequipa, ville coloniale, ils ont piétiné le passé spirituel d’un immense monastère de religieuses dominicaines, trois heures durant! Mais à Puno, sur les rives du lac Titicaca, là, ils n’ont pu s’objecter à un arrêt forcé causé par la brigade de petites amibes. Tout de même avant le coucher du soleil, ils n’ont pas hésité à sauter à bord d’un navire pour aller à la rencontre d’un peuple fascinant, celui des Uros, des gens colorés et souriants vivant sur des îles dorées de jonc tressé qui contrastent du bleu magique de ce lac, le plus haut du monde. A Cusco, autre ville coloniale, capitale du Machu Picchu et summum de l’architecture hispanique, il était étonnant de les croiser de bon matin se rendre à l’une de ces nombreuses églises pour prier mais aussi troquer quelques pensées pieuses à contempler l’œuvre artistique de ces lieux bénis. Il est vrai qu’une messe en espagnol, on finit par s’y perdre!
Puis se fut au tour du célèbre Machu Picchu, camouflé dans des montagnes verdoyantes à la limite de l’Amazonie, d’accueillir les fameux souliers rouges. Négligeant la brume et la pluie, qui offrait un spectacle encore plus mystique du site, ils s’aventurèrent dans ses sentiers étroits et escarpés, gravirent ses nombreux paliers, foulèrent les chambres des princesses et des dignes, et les lieux spirituels, se trempèrent l’orteil dans les canaux et en ultime curiosité, ils escaladèrent jusqu’au sommet pour contourner cette pierre énergisante et respirer à pleines semelles toute cette magnificience! Et vous pensez peut être qu’après une telle journée, ils se sont reposés ? C’est mal les connaître. Et non il fallait aussi goûter aux bains d’eau thermale nichés tout en haut du village d’Agua Caliente. C’est là que, poireautant dans une flaque, seuls et penauds de ne pouvoir participer au délice chaleureux, je leur décernai une médaille.
Et cette médaille ne revient à nulle autre qu’à la personne qui les chausse, cette femme extraordinaire, qui ne cesse de m’impressionner et dont je ne cesse d’admirer. Elle souffle ce soir ses quatre-vingt-une chandelles.
Bonne fête maman!
Je t’aime plus haut et plus loin que ce magnifique Machu Picchu!
Tafilleenequateur,
Geneviève xxx
En escale pour trois semaines dans ce beau et grand pays, ils n’ont pas chômé! A leur arrivée à Lima, ils arpentaient déjà les grandes artères, les jardins, les musées et couraient pour traverser ces rues achalandées et pressées. Puis en longeant la côte sud du Pacifique, ils se sont promenés dans un désert de dunes et de sable. Ils ont navigué sur l’océan à la découverte d’îles « resort pour phoques et autres bêtes à plumes, à poil » en sentant de plus près ce fameux guano (chiure d’oiseaux) cultivé et commercialisé comme engrais national. Tintin en parle d’ailleurs dans Le temple du Soleil, plutôt le Capitaine en patois épicés!
Dans les montagnes de l’Altiplano, les souliers rouges ont gardé leur rythme curieux. A Arequipa, ville coloniale, ils ont piétiné le passé spirituel d’un immense monastère de religieuses dominicaines, trois heures durant! Mais à Puno, sur les rives du lac Titicaca, là, ils n’ont pu s’objecter à un arrêt forcé causé par la brigade de petites amibes. Tout de même avant le coucher du soleil, ils n’ont pas hésité à sauter à bord d’un navire pour aller à la rencontre d’un peuple fascinant, celui des Uros, des gens colorés et souriants vivant sur des îles dorées de jonc tressé qui contrastent du bleu magique de ce lac, le plus haut du monde. A Cusco, autre ville coloniale, capitale du Machu Picchu et summum de l’architecture hispanique, il était étonnant de les croiser de bon matin se rendre à l’une de ces nombreuses églises pour prier mais aussi troquer quelques pensées pieuses à contempler l’œuvre artistique de ces lieux bénis. Il est vrai qu’une messe en espagnol, on finit par s’y perdre!
Puis se fut au tour du célèbre Machu Picchu, camouflé dans des montagnes verdoyantes à la limite de l’Amazonie, d’accueillir les fameux souliers rouges. Négligeant la brume et la pluie, qui offrait un spectacle encore plus mystique du site, ils s’aventurèrent dans ses sentiers étroits et escarpés, gravirent ses nombreux paliers, foulèrent les chambres des princesses et des dignes, et les lieux spirituels, se trempèrent l’orteil dans les canaux et en ultime curiosité, ils escaladèrent jusqu’au sommet pour contourner cette pierre énergisante et respirer à pleines semelles toute cette magnificience! Et vous pensez peut être qu’après une telle journée, ils se sont reposés ? C’est mal les connaître. Et non il fallait aussi goûter aux bains d’eau thermale nichés tout en haut du village d’Agua Caliente. C’est là que, poireautant dans une flaque, seuls et penauds de ne pouvoir participer au délice chaleureux, je leur décernai une médaille.
Et cette médaille ne revient à nulle autre qu’à la personne qui les chausse, cette femme extraordinaire, qui ne cesse de m’impressionner et dont je ne cesse d’admirer. Elle souffle ce soir ses quatre-vingt-une chandelles.
Bonne fête maman!
Je t’aime plus haut et plus loin que ce magnifique Machu Picchu!
Tafilleenequateur,
Geneviève xxx
25.2.05
Edwin, le berger du vide


Je me suis mis à penser à lui en essayant de m’endormir. Mes pensées avaient erré jusqu’à lui je ne sais trop comment. Peut-être était-ce d’abord la chaleur que je fuyais? Cette nuit est trop chaude à Guayaquil. Dans l’appartement d’à côté, on dirait que toute l’Amérique latine dans la salsa. Y a plein de bruits, c’est la fête. Feliz es la vida! Lui, il est quelque part dans une petite maison dans les montagnes au Pérou, près de Huaraz, dans le noir, la fraîcheur et le plus parfait silence.
Edwin est berger. Il devait avoir 10 ans. Etonnant, n’est-ce pas? Métier démodé, anachronisme même. On ne trouve plus ce choix de carrière chez l’orienteur. Pourtant, après avoir croisé quelques-uns de ces lumineux témoins de la vie, je me dis qu’il faudrait y repenser. Imaginez…Vivre l’instant présent dans la nature; penser à pourquoi le vent vient de virer; comprendre la grandeur et la complexité d’un territoire pour l’avoir marché jusqu’à bien connaître ses moindres détails. Ne pas courir derrière le temps, mais le saisir. Nous sommes une foule de personnes qui n’aspirent qu’à cela en sachant que nous n’y arriverons jamais. Pour nous, cette quête spirituelle n’est qu’un hobby, un loisir; dans nos sociétés, le zen n’est qu’une interligne entre deux tâches à l’agenda. Dans le fond, nous sommes le plus souvent incapables de lâcher prise, de palper le temps à mains nues comme les bergers savent le faire.
« Edwin. Pour moi tu n’es pas le frère de la petite fille aux allumettes. Je n’ai pas envie d’avoir pitié de toi. Au contraire j’aimerais avoir le courage de t’envier : malgré tes souliers de foot à crampons tous percés; malgré ton passé troué aussi par la mort de tes parents; ou tes quelques trop maigres bêtes que tu guides toute la journée. Sans les quelques sous qu’il te faudrait pour manger plus, pour dormir mieux, je t’envie parce que tu touches à la vie. C’est vrai. Tu lis d’interminables heures, sans livres, en observant passer les nuages ou les gens, selon l’intérêt. Tu écris sur la terre, sans plumes, en traçant avec tes pieds des sentiers qui conduisent aux secrets de la nature. Tu sais, sans le dire, tellement plus que moi sur le sens de la vie. Tu pries aussi, sans messe, le silence est ton reflet. Tu n’as pas peur comme moi du vide. »
« Edwin, tu nous as expliqué en quelques minutes l’histoire de cette ruine de la culture des Wari. Pour nous elle était quelconque cette ruine. Les seuls touristes qui arrivent ici sont ceux qui se perdent durant une ballade dans la nature. À côté du Machu Pichu, de Chan Chan ou de celles des Chavin, tous ces vestiges cinq étoiles, ta ruine d’une demi-étoile n’a rien de spectaculaire. C’était un samedi après-midi, tu savais faire parler les morts. Était-ce de les avoir entendus la nuit? À la fin de l’explication, où tu observais les yeux de Marie ou de Florence, pour t’assurer qu’elles aient bien compris ta précieuse histoire, tu nous as dit que tu voulais être un jour guide professionnel; celui qui fait de vraies visites payantes pour les touristes Ainsi, tu prendrais mieux soin de ta vielle grande mère et de ton jeune frère. »
« Edwin tu n’es pas un p’tit cul de dix ans qui s’occupe de quelques bêtes pour le compte de ta famille. T’es plutôt le frère du petit prince, on l’a vu dans tes yeux, ces grands miroirs montrant comment ta vie est dure mais vraie. D’accord, au début j’ai dit que tu étais berger, mais si tu écoutes bien le silence de tes montagnes, tu m’entendras te dire que tu as été pour nous un guide, des plus professionnels, celui qui nous a fait faire quelques pas dans le vide »
Merci
Quand les grands du monde n’auront plus pitié des bergers, quand ils tireront l’oreille pour les écouter, ils entendront la sagesse de leur silence…
P.S. J’ai écrit ce texte pour te parler Edwin, mais surtout pour que mes enfants se rappellent de toi ainsi que de cette sagesse qui a les touché ce jour-là.
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